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La faune du continent glacé : abondante et fragile
06/03/2012 - 15h18

L’Antarctique est le continent de tous les extrêmes : situé tout autour du Pôle Sud, il est le plus grand désert froid du monde, avec les températures les plus basses et la plus grande quantité de glace de tout le globe : 98% de sa superficie en est recouverte, ce qui en fait la plus grande réserve d’eau douce de la Terre. Sur ce continent, seuls des plantes et animaux adaptés au froid, au manque de lumière et à l’aridité y survivent, tels des manchots, des phoques, des poissons, des crustacés, des mousses, des lichens et des algues. Mais de multiples menaces, animaux introduits, présence humaine et changements climatiques, planent sur cette biodiversité dynamique.

 

Albatros


En 2008, l’excitation est générale. Le British Antarctic Survey publie le résultat de ses recherches menées en Antarctique : un inventaire de 1 284 espèces –dont 1 026 sont marines – inconnues jusqu’à maintenant, et dont certaines semblent venues d’un autre monde, telles que les pieuvres laiteuses ou les étoiles de mer à sept branches. Cette découverte représente environ 0,1% des espèces connues et décrites à l’heure actuelle.


Les animaux de l’Antarctique, recèlent certaines bizarreries ! C’est le cas par exemple du « poisson des glaces », qui produit une sorte d’antigel lui permettant de vivre dans les profondeurs glaciales de la Mer Australe. Cela lui a valu le titre d’animal le plus adapté au froid de toute l’histoire de la Terre. D’autres espèces endémiques cohabitent entre terre et mer comme le manchot empereur, le très emblématique héros du dessin animé Happy Feet, largement connu pour ses pirouettes sur les icebergs. Mais il y a aussi le phoque crabier, l’araignée de mer, l’albatros hurleur, le manchot à jugulaire, l’otarie à fourrure…. et trois cent différentes espèces de poisson, et des animaux plus connus tels que la baleine bleue, l’orque ou les étoiles de mer.

 

Araignée de mer

 

Manchots Empereurs


Envahisseurs exotiques en vue !

La biodiversité de l’Antarctique est malheureusement mise en danger par l’invasion d’espèces introduites. Même l’austérité de son climat n’a plus raison de ce bestiaire conquérant. Aujourd’hui, le réchauffement climatique facilite ces invasions d’espèces exotiques, et il leur permet de s’adapter bien plus facilement et de se reproduire de façon massive. Araignées, limaces, chenilles et charançons, ces espèces sont souvent plus résistantes que les espèces locales, et finissent par envahir leur habitat naturel, à leur détriment. Pour parachever le désastre, quelques-uns de ces animaux, ainsi que certains champignons, amènent également avec eux des maladies qui peuvent être fatales à la faune et à la flore endémiques.

 

Etoiles de mer

 

Albatros à tête grise


Le piège d’un monde changeant


Une fois encore, le réchauffement climatique menace la biodiversité de l’Antarctique. Certaines espèces comme le manchot royal ou l’otarie à fourrure semblent apprécier un peu de tiédeur – +2,5°C en moyenne durant ces cinquante dernières années. Mais d’autres comme le manchot empereur et l’éléphant de mer du Sud ont récemment vu leur nombre décliner, et leurs noms pourraient un jour s’ajouter à la longue liste des espèces disparues. Autre impact du réchauffement climatique : des précipitations moindres et des températures inadaptées aux plantes et aux animaux à la base de la chaîne alimentaire entraînent une diminution des stocks de nourriture.

Autre impact du monde en mutation sur l’Antarctique : l’acidification des océans. Engendrée par la présence accrue de CO2, elle change le pH de l’eau si rapidement que la faune et la flore n’ont pas le temps de s’acclimater. Les étoiles de mer, par exemple, se trouvent affaiblies par cette acidité élevée qui vide l’océan des composants dont elles ont besoin pour constituer leur enveloppe externe, des osselets cutanés formés de carbonate de calcium (CaCO3) et de carbonate de magnésium (MgCO3).

L’impact humain

Les quelques 4 000 scientifiques annuels ne sont désormais plus les seuls à affluer sur le continent. L’Antarctique est devenue une destination de vacances aventureuse et haut de gamme. Si elle reste hors de portée de la plupart des bourses, elle n’en est pas moins populaire, avec plus de 55 000 visiteurs par an. Les gens viennent s’émerveiller de la beauté des paysages. Mais ils se posent rarement la question de leur propre impact sur cet environnement exceptionnel.


La présence humaine, bien qu’elle semble minime dans un espace aussi immense, exerce pourtant une forte pression sur la biodiversité du continent : pollution due au chauffage et aux moyens de transports, présence dérangeante pour les animaux, ou destruction d’habitats naturels. Des études scientifiques ont démontré que les humains perturbaient par leur présence le cycle reproductif si particulier des manchots empereurs.


N’oublions pas aussi l’impact de la pêche industrielle, important pour la faune marine, mais aussi pour les oiseaux qui bien souvent s’empêtrent dans les filets et se noient.


Une lueur d’espoir ?


Malgré l’urgence de la situation, il est très difficile de prendre des mesures de protection globale car l’Antarctique est aujourd’hui régi par un traité  signé par 48 pays différents. Le Protocole de Madrid signé en 1991, relatif à la protection de l’environnement en Antarctique, ne semble pas suffisant. En théorie, l’Antarctique est déclaré « réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». L’exploitation de toutes les ressources minérales du continent est donc interdite jusqu’en 2048. Pourtant, la Russie a affirmé en juin 2011, lors de la 34ème réunion consultative du traité sur l’Antarctique, vouloir investiguer les ressources minérales et les hydrocarbures du continent. Espérons que Mumble, le héros d’Happy Feet, et ses amis ne se laisseront pas faire pour de vrai !

 

Bébé otarie à fourrure

 


Belgica Antarctica

 

Texte : Néoplanète

Crédits photos : British Antarctic Survey



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