2017-03-19 - Erythrée

Nous quittons Suakin en fin d’après-midi, laissant les ruines sous la chaleur écrasante des tropiques. Les aigles rodent dans le ciel. Ils sont devenus les gardiens de ce village de fin du monde. Un peu plus loin, sur le quai des cargos, les troupeaux de chèvres avancent lentement, conduits par leurs bergers. Elles vont embarquer pour traverser la Mer Rouge en direction de l’Arabie Saoudite.

Fleur Australe hisse les voiles, cap sur l’Erythrée à deux jours de mer. Nous gagnons le large et louvoyons entre les récifs nombreux. Il nous faut gagner la pleine mer pour atteindre les eaux internationales et nous éloigner de la côte car les frontières sont toujours lieux de confits.

Philou lave le pont à grand coup de seaux d’eau. La tempête de sable a laissé des traces et partout la poussière dorée s’est infiltrée. La Fleur retrouve un peu de sa fraîcheur. Nous installons le taud de soleil. Le capitaine s’allonge le temps d’une sieste. Les enfants sont à l’école sous le souffle des ventilateurs.

La mer est vide. Les cargos qui descendent la Mer Rouge tracent leur route loin de nous. Pas d’oiseaux.

Laura et Marion viennent jouer sur le pont le temps de la récréation. « Des dauphins, des dauphins » s’écrient elles. Une petite bande de cétacés au dos bien noir vient caresser l’étrave de notre bateau. Ils sont timides et filent vite vers le large.

Avec le soir revient un brin de fraîcheur. Nous mangeons une ratatouille, des beaux légumes achetés au marché de Port Soudan. La nuit est calme et les nuages cachent les étoiles. Au radar des îles basses apparaissent et font sonner l’alarme. Aux jumelles, dans le jour qui se lève, j’aperçois des bateaux de pêche. Toujours méfiants, nous évitons de croiser leur route. On nous a dit qu’un cargo aurait été arraisonné il y a quelques jours, nous ne savons pas précisément, où ni dans quelles conditions.

Massawafa 2017 03 19 15 se dessine à l’horizon. Le port est bien calme. Comme toujours, pas un bateau au mouillage. Les quais sont mortellement vides. Nous accostons. Le pavillon jaune qui demande la libre pratique est hissé. Nous devons attendre les autorités sanitaires et l’immigration. Les formalités se passent dans le calme et avec le sourire : « Welcome in Erythrée ». Rien à voir avec l’Egypte où il y avait une véritable agression des douaniers. L’obtention des visas sera plus longue, il faut téléphoner à la capitale pour obtenir le sésame. Quatre heures passées dans les bureaux, à remplir des formulaires, patience est bien le maître mot dans ces pays. Arrivé devant le comptable qui doit encaisser les 300 dollars, vient une inspection minutieuse des billets. A la lampe, à la loupe ils sont auscultés, puis refusés. Nos beaux billets de 100 dollars sont semble-t-il trop vieux. Une date en minuscule indique 2009. Il faut retourner à bord et trier dans les billets verts pour trouver une meilleure date. Nouvelle inspection, les billets sont froissés puis jetés à terre. Je ne connaissais pas cette méthode, les billets doivent-ils sauter ou se transformer en fumée pour être acceptés ici ? L’affaire finit par se régler et nos passeports reçoivent enfin une belle étiquette et un visa pour un mois. Le port est totalement désert, on se croirait dans un autre monde, une ambiance inquiétante et morose.

Massawa a été terriblement détruite pendant la guerre d’indépendance qui a duré plus de trente ans, ses cicatrices sont encore bien visibles. C’est une des plus jeunes nations d’Afrique, le pays a fêté ses 25 ans l’année dernière. C’est aussi l’un des pays les plus pauvres. Sur les façades délabrées des bâtiments ont peu encore voir les impacts des balles. La ville était pourtant l’une des plus belles de la Mer Rouge. Convoitée par le plus grand nombre, elle fut tour à tour occupée par les Portugais, les Arabes, les Turcs, les Egyptiens, les Anglais puis par les Italiens. On imagine ce port aujourd’hui déserté, autrefois haut lieu du trafic et du commerce, à la croisée des grandes routes marchandes venues d’Inde et d’Arabie.

On retrouve cette richesse dans le peuple. La culture érythréenne a hérité d’une population mélangée aux origines diverses et d’influences variées qui sont à l’origine d’une culture atypique en Afrique. On y parle neuf langues nationales reconnues. L’architecture, art déco, ottomane, ethnique ; la gastronomie, italienne, traditionnelle, indienne ; la religion, catholique, orthodoxe, musulmane… Une véritable mosaïque culturelle.

Dès le lendemain nous partons pour Asmara. 4 heures de route en lacets, pour arriver à 2400 mètres d’altitude. Le décor est somptueux, nous doublons des troupeaux de chèvres, des chameaux conduits par un petit garçon vêtu de blanc et même des babouins. A mesure de notre ascension, l’air se rafraîchît et la brume s’abat sur ce décor luxuriant. La capitale érythréenne est située dans la région des hauts plateaux, ce qui lui vaut l’appellation de « ville au-dessus des nuages » et lui permet de jouir toute l’année d’un climat idéal et d’un ciel dégagé. La ville est superbe, la rue principale est bordée de hauts palmiers et les bougainvilliers jaillissent de partout. Une atmosphère bien italienne avec des joyaux d’architecture art déco. Je suis frappée par la propreté de la ville. Pas un papier, aucun plastique ne traîne dans la rue. Il faut dire qu’ici le régime est totalitaire tout le monde est surveillé, tout écart est gravement puni. « Impossible pour nous de se balader à plus de 25 km, c’est un pays en guerre avec l’Ethiopie pour des histoires de territoires, nous sommes sous surveillance permanente, 90% de la population fait du renseignement » m’explique Hélène de l’alliance française. « Nous somme sous embargo, ce qui rend la vie de tous les jours un peu compliqué, nous manquons de matière première et cela crée des soucis au niveau de l’électricité et de l’eau notamment » ajoute-t-elle. Il n’en demeure pas moins que la capitale est de toute beauté et qu’il y règne une certaine douceur de vivre. La jeunesse érythréenne branchée habillée à la dernière mode occidentale déambule à côté des femmes enroulées dans leurs netsela (châle blanc) et des hommes en turbans. Le régime avec son obligation d’un service militaire indéfini, ne donne pas d’espoir aux jeunes de se faire une vie, d’avoir une vision à long terme et certains fuient le pays. L’Erythrée mérite pourtant de garder sa jeunesse pour conduire le pays vers un futur plus ensoleillé.

Après deux jours passés à découvrir cette jolie ville nous regagnons le bord. Il fait une chaleur épouvantable dans le bateau. Les mouches ont pris possession des lieux. Philou bricole, nous avons des soucis avec le groupe qui chauffe avec une eau à plus de 30°C. Demain si tout va bien nous prendrons la mer pour Djibouti.

fa 2017 03 19 01

Cargo dans un port déserté, Massawa

fa 2017 03 19 01

Fleur Australe à quai, Massawa

fa 2017 03 19 01

Vestige de la guerre, la statue a disparu, il ne reste que son socle, Massawa.

fa 2017 03 19 01

Massawa

fa 2017 03 19 01

Massawa

fa 2017 03 19 01

Chameau dans l'eau, Massawa

fa 2017 03 19 01

Massawa

fa 2017 03 19 01

Place du village à l'heure du thé, Massawa

fa 2017 03 19 01

Massawa

fa 2017 03 19 01

Massawa

fa 2017 03 19 01

Asmara école italienne devant la cathedrale Santa Maria

fa 2017 03 19 01

Au pied de la mosquee, Asmara

fa 2017 03 19 01

Scène de vie devant la mosquée, Asmara

fa 2017 03 19 01

Architecture art déco, le Fiat Tagliero, batiment le plus emblématique de la ville, Asmara

fa 2017 03 19 01

Nous assistons à une cérémonie du café chez Nighisti Ghebremeskel une Erythréenne au caractère bien trempé, Asmara

fa 2017 03 19 01

Nighisti initie les filles à la poterie

fa 2017 03 19 01

Les femmes sont fortes en Erythrée, ce sont des combattantes qui ont joué un rôle essentiel durant la guerre d'indépendance

fa 2017 03 19 01

Dans le bus vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara, nous traversons des villages

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara

fa 2017 03 19 01

Vers Asmara