carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

Suivez au jour le jour les expéditions de Fleur Australe

Jeudi 1 juillet : Colombie Britannique

C’est fête nationale au Canada. Nous sommes de sortie pour la journée. Nous sommes invités à visiter les trésors cachés de la Colombie Britannique en hélicoptère. Nous retrouvons notre pilote, Peter, à Nimmo bay Lodge. Nous sommes d’emblée, transportés dans une autre réalité, un peu plus près du ciel.

 

Nous plongeons au cœur des cascades, pénétrons à l’intérieur des fjords, rasons les glaciers. C’est mirobolant. Peter pilote depuis 40 ans. Il connaît la région par cœur. Il nous fait très vite oublier son engin pour nous faire croire que nous avons des ailes. Il se  pose partout, dans un trou de souris, le rotor frôle les arbres, les embruns des cascades nous éclaboussent.

 


Peter pose réussi à faire attérir son hélico dans un trou de souris

 

Nous faisons un premier arrêt sur Selman Lake puis survolons la main de Dieu, (Hand of God). Un glacier qui recouvre un volcan d’où jaillit fièrement trois doigts de basalte, noir comme l’ébène. Nous frôlons les falaises, leurs couleurs sont si variées, subtiles et éclatantes qu’on les appelle, les palettes de peintre.

 


 La vallée Glacière

 

L’hélicoptère se pose au pied du Satsalla Glacier, puis reprend son vol, plonge littéralement dans la cascade de Brian (Brian Falls), s’insère dans les chutes de Mabs (Mabs Falls). Il  se pose enfin sur Clearwater, des rapides vertigineux, des tourbillons d’eau. Peter nous demande une extrême prudence. Un petit garçon indien s’est fait aspirer par ce tourbillon et a perdu la vie. Il improvise pour nous un pique nique au pied de ces chutes vertigineuses.

 


 

Trois petits tours et puis s’envole de nouveau, rase les forêts de sapins à perte de vue et se pose sur une grande plage de sable blanc qui entoure un lac (Avalanche Lake), au pied d’une montagne enneigée, sur laquelle on distingue les récents stigmates d’une avalanche. C’est dans ces lacs que les saumons reviennent frayer en août, après leur long voyage en mer. Nous nous baignons dans ce lac à 5°, histoire de retrouver un peu nos esprits, ébahis par tant de beauté. Nous avons la chance de pêcher un petit saumon (coho salmon), ce qui est rare en cette saison. De lacs en lacs, de cascades en rivières, de forêts en falaises, nous poursuivons notre vol. Nous apercevons des chèvres à flan de montagne, elles s’y réfugient pour échapper aux ours. Nous ne verrons pas d’ours, dommage… Nous regagnons Nimmo bay. Les mots me manquent pour décrire notre journée et les merveilles dont la nature nous a gratifié. Seuls les images peuvent décrire l’indescriptible. Nous en avons pris plein  les yeux ! Et comme disent les jeunes, je dirais que c’est presque trop. Il faut laisser décanter, tout ça et se laisser envoûter par les splendeurs de cette Colombie Britannique qui n’en finit pas de nous surprendre et par ce décor à couper le souffle.

 


 

 Texte rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 30 juin : Nimmobay

4h00 du matin : Nous traversons le Queen Charlotte Strait pour nous engager dans les Fjords de la Colombie Britannique.

10h00 :
Nous embouquons un long fjord d’environ 5 milles de long. Les baies et les îles se succèdent. Quelques passages étroits. Le courant est puissant. La mer est polie comme un miroir. L’eau est vert bouteille, elle est  le prolongement des immenses forêts de sapins qui s’y reflètent.

Rien ne semble troubler la fragile tranquillité de ces lieux magiques. Quelques cheveux d’anges sont suspendus délicieusement aux branches des sapins. Des gouttes de pluie aussi légères que le reste du paysage font des ricochets sur l’eau. Les cumulus s’accrochent aux sommets enneigés que dévoile un horizon verdoyant. La grâce a du vampiriser l’atmosphère d’un coup de baguette magique. C’est grandiose, délicat et fort. Au pied du Mont Stephens, nous pénétrons dans le Mackensie Sound. 

Le soleil se glisse subrepticement et  vient caresser la Fleur de sa douceur. Soudain le paysage s’emballe, nous arrivons sur des rapides et la Fleur se fait légèrement brasser, un nuage d’embruns nous enveloppe de sa fraîcheur vivifiante. Nous débouchons finalement, à quelques milles de là sur une petite baie qui abrite un élégant lodge. Nous accostons au ponton de Nimmobay. Nous sommes accueillis comme des princes par un charmant couple. Dans l’après midi, toute la famille part faire un tour en kayak puis profite de la cascade d’eau gelée. Nos hôtes nous mettent en garde devant le grand nombre d’ours brun qui rôdent dans les parages. Deux chiens sont là pour nous protéger d’une éventuelle attaque d’un de ces plantigrades. Le Lodge est magnifique, parfaitement intégré dans son environnement, tout en bois, ils vivent en parfaite harmonie avec la nature, produisent  leur propre électricité  grâce à la cascade, pas de générateur,  pas de pollution, un silence absolu… En dehors des propriétaires qui sont venus préparer les lieux pour la réouverture estivale, il n’y a que nous.  Ils nous ont invités à dîner ce soir au coin du feu. C’est une escale rêvée, un petit coin de paradis et de bien être.

 

Devant les rapides

 



Exploration en kayak
 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 


Mardi 29 juin : Port Hardy

3h00 : du matin. Nous rentrons dans Port Hardy sur l’île de Vancouver. Il fait nuit noire et nous manquons de percuter les billes de bois flottantes amarrées au milieu du port.

10h00 : A Port Hardy, on pratique la pisciculture, la sylviculture et la pêche. Dans la baie devant le port, les troncs de bois sont attachés les uns aux autres par des câbles en acier et attendent la venue d’un cargo. Avec la pêche, l’exploitation forestière est l’une des  ressources principales de Port Hardy. Elle est réglementée et chaque arbre coupé est replanté. Nous achetons des crevettes à un pêcheur dont c’est la spécialité. L’été, il pratique la pêche au thon au large de l’île de Vancouver. Nous débarquons. A peine arrivé à terre, nous croisons un ours noir, sous un petit pont, à la sortie d’une rivière, en plein village. Philou me dit qu’il est heureux d’avoir vu ces billes de bois sur l’eau, c’est l’idée qu’il se faisait du Canada.

 

 

Billes de bois flottantes


C’était un des ses rêves de venir jusqu’ici. C’est vrai que le cliché est parfait : le bois, les hydravions, l’ours noir, la pêche au saumon, tout y est !  Nous n’avons pas croisé de bûcheron avec chemise à carreaux, mais ça ne saurait tarder. Nous allons visiter le village qui se réduit à une rue avec quelques commerces et restaurants peu attirants. Nous faisons un arrêt au supermarché, la vendeuse comme le taxi qui nous ramène, parlent un français impeccable, ensoleillé par un charmant accent canadien. Ce soir nous reprendrons la mer.

 


Hydravion

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Lundi 28 juin : En mer

21h00 : Génois, grand voile artimon hissé. Nous faisons route vers l’île de Vancouver. Un vent de 25 noeuds de sud contre nous,  nous sommes au près. Les grains se succèdent. Je tente d’endormir les petites à l’avant mais ça bouge beaucoup. Marion est malade. Nous nous entassons toutes les trois dans une petite bannette à l’arrière. C’est autour de Laura de vomir tout ce qu’elle peut. Elles finissent par s’endormir. Le vent forcit. Philou enroule le génois et hisse la trinquette. Je ne parviens pas à trouver le sommeil. Les petites ne m’en laissent aucune chance.

6h00 : Nous marchons à 7 nœuds mais nous ne faisons pas la route, sommes à 15° d’elle. Plus que 75 milles jusqu’à l’entrée de l’île. Mais au près c’est long. J’ai mal à la tête. Il pleut. Les petites dorment malgré tout, cela me rassure. Vers 7h00 elles se réveillent et pendant les 6 heures qui vont suivre, Marion est malade. Philou affale l’artimon, prend un ris dans la grand voile. Plus de 25 nœuds de vent. Mer agité à forte. Les enfants et Kate sont dans leur bannette. Je souffre de voir Marion malade, c’est encore un bébé et surtout elle n’est pas bien grosse. Ceux sont toujours des moments difficiles pour moi. Je suis barbouillée. Philou nous donne à tous des petits bracelets en laine, sensés appuyer sur un point d’acupuncture pour lutter contre le mal de mer. Cela n’a malheureusement aucun effet sur Marion. Temps pluvieux.

 


Les enfants


13h00 : Nous sommes à 50 milles de l’entré de l’île de Vancouver. Relâchons pour déjeuner. Nous aurions du prendre le Queen Charlotte Strait pour nous mener directement sur l’île de Vancouver mais nous avons fait cap à l’est et nous sommes maintenant au nord de celle ci. Le paysage a radicalement changé. Nous pourrions être aux Antilles dans les îles Vierges, la brume mise à part. Des roches claires escarpées, de gros cailloux, une superbe plage de sable blanc avec un mystérieux ponton en bois flotté, nous ne saurons jamais où il mène. L’eau est claire, il pleut des trombes d’eau. Après un bref déjeuner nous poursuivons notre route.

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 27 juin : SGang Gwaay

Hier 23h00 : Nous embouquons le passage Burnaby, un chenal très sinueux et peu profond, réputé pour abriter un écosystème riche et varié. Philou et Denis partent repérer avec le zodiac. Nous tentons de passer à mi-marée en relevant la quille à fond. Moins de 2 mètres de profondeur. Nous naviguons pendant près d’une heure puis mouillons afin de dormir quelques heures. A cinq heures nous levons l’ancre, deux baleines escortent la Fleur. Le jour se lève, l’horizon est rose.

9h00 : Nous atterrissons  à SGang Gwaay, (l’île gémissante). Elle se compose d’une grande île et de 27 îlots au large. Son nom provient de l’air poussé à travers un trou percé dans un rocher. Ce son ressemble à la lamentation d’une femme. Nous débarquons et traversons la somptueuse forêt puis sommes guidés par un gardien Haïda jusqu’aux ruines. L’île est constituée de roches volcaniques, elle était autrefois sous la surface de l’océan et n’est visible que depuis les 2000 dernières années. SGang Gwaay est protégée par un îlot qui lui fait face. Le gardien nous explique qu’en 1981, la commission des lieux et des monuments historiques du Canada a classé l’île, lieu historique national, et que l’UNESCO l’a classé site du patrimoine mondial, pour témoigner de l’intérêt remarquable de la région. L’île abrite les seules ruines au monde d’un village traditionnel des premières nations de la côte Nord Ouest. Notre guide nous mène jusqu’aux mats héraldiques, ce que nous appelons les totems. Il en existe trois sortes. Les mats commémoratifs, érigés en mémoire d’un défunt dont les restes étaient  enfouis ailleurs où dont le corps avait disparu en mer.

 


En compagnie du guide Haïda devant les totems

 

Le nombre d’anneaux sculptés dans le mat indique le nombre de potlatchs, un signe de richesse et de prestige, qu’avait obtenu le défunt dans sa vie. Les mats frontaux qui se trouvent devant les maisons et racontent l’histoire d’une famille. On entrait dans la maison par le trou creusé à la base du totem qui ornait la façade. Aucun de ses mats n’est encore debout. Ils ont été renversés et sont retournés à la terre. Leur base était affaiblie par le trou qu’on y creusait. Viennent enfin les mats mortuaires, comme ceux qui sont devant nous. Lorsque le chef mourrait, son corps était déposé dans un cercueil en bois cintré. Ce cercueil reposait sur un manda, un grand personnage sculpté qui était supposé transporter le défunt dans l’autre monde. Après cela le corps était emmené à la maison mortuaire jusqu’à ce que le mat soit prêt. Ce délai permettait au fils de la sœur aînée de se préparer à prendre le rôle du défunt. Le neveu devait sculpter un mat mortuaire et tenir un potlatch pour célébrer la vie de son oncle. S’il n’avait pas terminé ces taches dans les deux ans, un parent pouvait contester son rôle. Le mat mortuaire était la tombe d’une personne de haut rang. On sculptait dans le mat ses emblèmes ainsi qu’un creux à son sommet pour y placer le cercueil dans lequel reposait le défunt. Ces mats sont moins hauts que les autres, ils sont sculptés dans des arbres, placés à l’envers (le pied de l’arbre se retrouve au sommet du mat).



Totems funéraires

 

Le gardien Haïda nous explique tout dans les moindres détails sur ce peuple qui vivait ici, il y a douze mille ans. Son visage est grave et habité. Un peu plus loin, il nous montre les ruines de longues maisons en bois de thuya. C’est vrai qu’ici, les signes de l’occupation et de l’activité humaine sont évidents, des grottes, des poteaux et des poutres marquent l’emplacement de ces longues maisons. SGang Gwaay en comptait vingt ainsi qu’un bon nombre de mats héraldiques. Des glissières à canots sont encore visibles devant le village. C’est un lieu sacré pour les Haïdas, c’est davantage qu’un site de village. Les restes de nombreux ancêtres et leurs esprits s’y trouvent encore. Les épidémies survenues après l’établissement des Européens, contre lesquels les Haïdas n’avaient aucune défense, comme la variole, ont décimé leur population. A l’époque des premiers contacts avec les européens,  la région comptait 20 000 Haïdas. A la fin du 19ème siècle, Haïda Gwaii comptait moins de 500 habitants. Les survivants se rassemblèrent à SGang Gwaay. Les morts furent enterrés ici, dans des cavernes, dans des mats, dans la terre.


Nous remercions notre guide pour sa gentillesse, sa sérénité et ses explications et regagnons la Fleur sous la pluie. Nous foulons une terre sacrée, nous marchons tranquillement à travers les bois. Tout le monde est silencieux. C’est bien rare !

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

Samedi 26 juin : L’île de l’abondance

Minuit Nous embouquons le Darwin Sound. Quelques milles plus tard, nous décidons de faire une pause pour dormir, dans la petite anse d’Echo Harbour.

12h00 : 
Nous sommes au mouillage dans la baie nord-est de l’île Hotspring. Le ciel est gris, chargé de nombreux nimbostratus. Petit crachin.

 

Vers 15h00, le soleil pointe le bout de son nez. Nous débarquons.

 

 L'île de l'abondance

 

Nous traversons une forêt dense et démesurée de cèdres et d’épicéas. Des troncs énormes, certains sont tombés sur le sol, recouverts de mousse et de lichen. On se croirait plongé dans la forêt de Brocéliande et les enfants ne seraient pas surpris de voir apparaître Merlin l’enchanteur. Gandll K’in Gwaay.yaay (île Hotspring) était traditionnellement une corne d’abondance car l’endroit procurait de l’eau, de la nourriture et un lieu pour guérir et nourrir le corps et l’âme. Cette forêt est chargée… Le soleil s’infiltre à travers les troncs et les arbres immenses. C’est surnaturel. D’ailleurs pour les Haïdas, il n’existe aucune frontière qui sépare le monde naturel du monde surnaturel. De nombreuses histoires se perpétuent à propos d’êtres surnaturels qui se transforment en êtres humains, et de rencontre entre ces deux là. Nous marchons environ 15 minutes, puis, nous sommes accueillis sur la côte au vent par une gardienne de ce site Haïda.

 


Piscine naturelle

 

Elle nous mène jusqu’aux sources thermales qui donnent à l’île son nom, réchauffent le sol mince et tiennent  la forêt en échec, à cet endroit. Nous pénétrons dans une première piscine naturelle, puis dans une deuxième encore plus chaude. Les enfants sont ravis. Elles sont taillées à même la roche. L’eau thermale, ne vient pas de la mer, même si sa teneur en minéraux lui donne un contenu salé. On n’en connaît pas la source. Elle tombe probablement du ciel, sous forme de précipitation sur l’île Lyell (la vaste étendue de terre la plus proche) puis elle se fraye un chemin à travers les fissures du roc jusqu’à un réservoir d’eau tiède, à 4 km de profondeur.

 

A mesure que l’eau se réchauffe, la pression la fait sortir de terre sur l’île Hotspring. Nous passons plus d’une heure à barboter dans les  sources d’eau chaude. Nous allons de la mer à 11° aux piscines à 40°. C’est divin. L’île abrite des chauves-souris de Keen. Les petites chauves-souris brunes qui ont de très grandes oreilles, plus d’un quart de leur corps. Peu après le coucher du soleil,  elles quittent leur perchoir pour chercher de la nourriture pour leurs petits. C’est pourquoi les visites s’arrêtent, au coucher du soleil. C’est à ce moment là que nous regagnons la Fleur. La lumière orangée se glisse subrepticement à travers les troncs. Cette forêt est magique. Le chemin nous est indiqué par des coquillages qui jalonnent le parcours. Les Haïdas sont en relation directe avec la mer, le ciel et la forêt. A marcher sur les traces de leur ancêtres, nous ressentons cette fusion au plus profond.

Texte rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 25 juin : Queen Charlotte City

9h00 : Nous sommes de retour au musée, afin de suivre ce que l’on appelle « L’orientation » : une petite initiation visant à nous délivrer un permis nous autorisant l’accès à la réserve du parc national, site du patrimoine Haïda.

Grâce à cette petite formation nous pourrons nous rendre dans les Gwaii Haanas (les îles de beauté), à l’extrémité sud des îles de la Reine Charlotte et visiter les cinq plus  anciens villages des gardiens de Haïda Gwaii. Après nous avoir fait visionner un petit film nous expliquant les règles à suivre ainsi que l’histoire de cette réserve, nous repartons, permis en poche. Nous regagnons le bord, notre charmant voisin québécois nous offre un Sockeye Saumon, à la chair rouge , que je prépare cru, en sashimi, en sushi et en carpaccio tandis que Philou lève l’ancre. Direction les îles de beauté.


 

 

 

Les monts San Cristoval, forment l’épine dorsale des Gwaii Haanas, ils atteignent une hauteur de 1123 mètres au mont de la Touche. Les zones supérieures de cette chaîne sont dominées par la pruche sub-alpine et la toundra alpine. Les zones inférieures sont recouvertes de thuyas, de pins et de pruche occidentale. La faune et les flores distinctes de l’archipel ont évolué depuis des milliers d’années. Bon nombre d’espèces continentales ordinaires sont absentes de ces îles ou s’y sont transformées en des  sous-espèces uniques,  comme par exemple l’ours noir, la martre des pins, la souris sylvestre et l’hermine.

 

D’autres espèces comme le cerf, l’écureuil, les sitka, le castor, le raton- laveur et le rat ont été introduites récemment et s’y trouve  maintenant en grand nombre au détriment de la végétation et de la faune indigènes. On estime que 1,5 millions d’oiseaux nichent du mois de mai au mois d’août le long des 4700 kilomètres de littoral que compte ces îles. La moitié ont élu domicile aux Gwaii Haanas : les macareux rhinocéros, le guillemot à cou blanc, le macareux huppé, le macareux cornu, le starique de Cassin, l’océanite cul- blanc, l’océanite queue fourchue, le guillemot marmette, le cormoran pélagique, le  pygargue à tête blanche, le faucon pèlerin de Peal… l’archipel étant situé sur la voie migratoire du pacifique, des douzaines d’oiseaux migrateurs font escale dans ces îles au printemps et à l’automne.

 

 

 


La première île dans laquelle nous relâcherons est à 50 milles : Gandl lk’in Gwaay-yaay, île Hotspring : c’est l’île des sources thermales. Les enfants sont joyeux à l’idée d’aller barboter  dans ces sources chaudes.
C’est à la suite d’un affrontement entre les Haïdas et l’industrie forestière, qui en 1985 a attiré l’attention du monde entier, que le conseil de la nation Haïda et le gouvernement du Canada ont négocié cette entente pour classer réserve nationale les Gwaii Haanas et préserver ce site. Ce  peuple fort et mystérieux me fascine de plus en plus. Il vit dans ces îles depuis 12000 milles ans, elles sont pour eux source d’inspiration et de subsistance. Je me réjouis d’aller à la rencontre de leur monde, à travers leurs légendes et leurs coutumes.
La mer est calme. Petit vent de sud léger. Ciel gris chargé d’altostratus découvrant un horizon presque bleu. Il fait doux. 16°. La fleur vogue vers les Gwaii Haanas. L’équipage  a le cœur tranquille.

 

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

 


Le capitaine à la pêche

 


Le capitaine et un autre bateau

Jeudi 24 juin : Les Haïdas

Après une nuit à naviguer au près, sur une mer déchaînée. Nous atterrissons sur l’île de Queen Charlotte. Nous accostons un bateau de pêche. A son bord deux hommes, un Canadien du Québec arrivé en 1980 pour une semaine, il n’a pas bougé depuis et un Haïda. Nous allons visiter le musée. Nous sommes dans la réserve du parc national Gwaii Haanas, site du patrimoine Haïda. Au bord de cet Océan Pacifique qui regorge de vie, des montagnes enneigées jaillissent de la forêt pluviale luxuriante, les petites anses paisibles contrastent divinement avec les îlots rocheux.

Les îles de la Reine Charlotte sont officiellement appelées Haïda Gwaii, ce qui signifie  les îles du peuple dans la langue des Haïdas.  Elles comptent environ cinq mille habitants pour un archipel d’environ 450 îles, situés à l’ouest du plateau continental, elles s’étendent sur 300 km de long et se terminent en pointe aux îles Kerouard, à l’extrême sud. La culture Haïda unit son peuple à la terre et à la mer depuis plus de douze mille ans. Dans ce superbe musée avec une vue panoramique sur la mer et ses îles, le totem, emblème de la tradition Haïda est à l’honneur. Gwaii Haanas travaille à la création d’une aire marine nationale de conservation, une fois cette réserve créée, Gwaii Haanas, sera protégé depuis ses plus hauts sommets, jusqu’aux profondeurs de son territoire marin, soit  5 000 kilomètres carrés. Le gouvernement du Canada et le conseil de la nation Haïda ont signé l’entente sur Gwaii Haanas en 1993.

 

 

 

 Pirogues et totem en cours de réalisation

 

Elle témoigne de leur engagement mutuel envers la protection du site. C’est un modèle de relation harmonieuse entre l’homme et la terre. Le principe même de la tradition Haïda est basé sur un mode de vie qui considère que les humains font partie intégrante de la nature. S’initier à leur culture, c’est apprendre à respecter leur valeur sacrée et spirituelle. C’est ce que nous découvrons au fur et à mesure de notre avancée dans ce superbe musée qui leur est dédié. Il me semble, connaître un peu mieux ce peuple Haïda, si soucieux de préserver son écosystème, ses rites, sa langue, sa spiritualité, son individualité… Leur dieu est Raven, il a fait jaillir la vie des profondeurs. Le totem, que l’on trouve devant la plupart des maisons est destiné à être vu de loin, afin de définir qui habite les lieux et de les protéger. Ici, ils sont immenses et magnifiques. Sculptés dans le bois, on retrouve au sommet, le chef de la famille, ou du village puis vient sa femme et toutes sortes d’emblèmes dont l’aigle très présent dans la culture Haïda et la lune. Il est en général commandé, par le chef lui même et dessiné par un artiste. Nous rencontrons un Haïda qui travaille justement sur un nouveau totem. Il sculpte un tronc d’arbre de 15 mètres, du cèdre rouge. Il nous explique combien son ouvrage lui tient à cœur et comment il a su depuis  sa tendre enfance que ce serait sa fonction sur cette terre. Dans son  atelier ouvert sur la mer, il y a plusieurs pirogues, leurs embarcations traditionnelles sont peintes à la main. 

 

 
L’emblème de Gwaii Haanas est un motif unique conçu par l’artiste local Giitsxaa. Il représente une loutre de mer et un oursin. Le conseil a choisi ces deux créatures à cause de leur importance dans l’histoire, la tradition et l’écologie de l’aire protégée. Les forêts de laminaires comptent parmi les écosystèmes les plus productifs des eaux de Gwaii Haanas. La loutre de mer contrôlait autrefois les populations d’oursins de mer. C’est une espèce qui se nourrit de laminaires et assure l’abondance de cette algue et le fourmillement de la vie dans la forêt autour. La disparition de la loutre de mer à l’époque du commerce des fourrures a  considérablement perturbé l’équilibre naturel entre les espèces et la santé de la forêt de laminaires s’est trouvée menacée. La disparition de la loutre de mer est un parfait rappel de la vulnérabilité des espèces et des écosystèmes tout entiers.

 

 

Totem Haïda

 

Texte rédigé par Géraldine Danon

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