carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

Suivez au jour le jour les expéditions de Fleur Australe

Mercredi 28 juillet : le Départ

Minuit : Nous hissons la grande voile et passons sous le Golden Gate Bridge, au clair de lune. Des milliers d’étoiles scintillent sur la baie de San Francisco. La mer est calme, un léger clapot. Les lumières de la ville demeurent longtemps dans la nuit claire. Bientôt nous ne sommes plus guidés que par Vénus. Nous longeons la côte à 5 miles. Philou a réparé le tangon. Il lui restait un manchon en alu, il l’a riveté. Cela devrait être plus solide que la dernière fois. Nous marchons à 5 nœuds.

Vers 6h00 du matin, nous doublons une petite île détachée de la côte, AnoNuevo. Une importante colonie de lions de mer se prélasse, c’est un lieu de reproduction. A l’entrée de la baie de Monterey nous apercevons une baleine, nombreuses dans ces eaux, il y a des baleines bleues, des baleines à bosses, des baleines grises et des orques.

12h00 : Nous arrivons sur Monterey poussés par un faible vent de Sud-Ouest. Une légère houle pénètre dans la baie. Les cornes de brume résonnent. Le ciel se découvre peu à peu sur les dunes dorées, j’aperçois de longues plages de sables blancs.

 


Lion de Mer


Monterey est l’ancienne capitale de la Californie, rendue célèbre par les pêcheurs, les écrivains et les mexicains. En 1542, un premier explorateur espagnol repère la baie de Monterey qui ne prendra ce nom qu’en 1602, lorsqu’un 2ème explorateur y débarque et la baptise du nom du vice-roi de l’époque, le Roi de Monte Rey. Au 18ème siècle, les espagnols qui gouvernaient le Mexique y installèrent une garnison.  Une mission fut également édifiée ; elle déménagera un peu plus tard à Carmel. Monterey tomba quelque peu en désuétude, lorsque la ruée vers l’Or attira les populations vers d’autres villes. D’autres activités vinrent la réveiller à la fin du 19ème siècle : le tourisme et la pêche portée par les chinois et les italiens. Monterey fut alors promue capitale de la sardine, avant que l’industrie ne s’effondre dans les années 50.

 


La Fleur à Monterey


13h00 : Nous pénétrons dans le petit port. Le soleil brille désormais de tous ses feux. Des centaines de lions de mer devisent bruyamment, ils sautent joyeusement hors de l‘eau, grimpent sur les pontons, s’y prélassent nonchalamment. C’est l’hystérie totale au pays des otaries. Le spectacle est tout à fait unique. Beti est comme une folle. Un canyon de plus de 3000 mètres rentre dans la baie, permettant ainsi à une faune importante de se rassembler dans ses eaux. Les nombreux phoques, par exemple, que l’on aperçoit au coucher du soleil, plongent à plus de 300 mètres.

Vers 19h00, nous longeons la côte en direction de Carmel.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mardi 27 juillet : Dernière journée à San Francisco

Dernière journée à San Francisco. Il fait grand beau. Pour la première fois, le ciel est d’un bleu limpide. Je pars avec les enfants visiter Japan Town pendant que Philou bricole sur la Fleur. J’en profite pour rencontrer Peter Meyer, scientifique, très impliqué dans la sauvegarde de l’environnement. Au tableau des villes modèles en matière d’écologie, San Francisco est une des plus audacieuses, d’ailleurs la ville s’est toujours voulue progressiste dans la lutte pour les droits aux minorités, c’est une ville d’avant-garde.

Le maire, Gavin Newsom, a adopté une politique résolument volontariste en encourageant le développement de haute technologie au service des challenges environnementaux. San Francisco vise une réduction de ses émissions de gaz à effet de serre d’environ 20% par rapport à son niveau de 90. C’est plus que ce que demande  le protocole de Kyoto pour 2012.

 


Le pont au soleil couchant


Les transports en commun sont favorisés. Il y a beaucoup de tramways et les bus ont intégré un système permettant de faibles émissions de CO2. Quant aux stations d’arrêt de bus elles sont équipées de bornes wifi. Ces arrêts « High-tech » sont surnommés les « waves » (vagues) en référence au design original de leur toit. Leur système d’information du trafic en temps réel, est alimenté par l’énergie solaire. Un service de partage de voiture, calqué sur le mode Vélib mais appliqué à l’automobile, vient d’être lancé avec des véhicules hybrides. La construction de bâtiments éco-friendly est également encouragée, à l’image du Renzo-piano, un musée récent qui dépend de la California academy of science. C’est une des structures les plus novatrices au monde. Son toit est recouvert de plantes locales et équipé de panneaux photovoltaïques producteurs d’énergie. Peter évoque aussi une autre idée originale qui a été mise en place.

 

C’est une application i Phone qui permet de savoir où se trouvent les bacs de recyclage et les poubelles les plus proches. Elle a été téléchargée plus de 4000 fois. A San Francisco, ceux qui ne recyclent pas sont passibles d’une amende. Cela fonctionne car la ville recycle plus de 75% de ses déchets. Les sacs plastiques sont interdits dans les magasins et les supermarchés.

 

La fleur pour la dernière fois à San Francisco


Il est 20h00, nous sommes de retour au bateau, prêts à larguer les amarres. Monterey se trouve à 90 milles. Les prévisions météo sont bonnes. Il y a eu aujourd’hui un bon vent, une  brise thermique qui tombe en fin de journée.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Lundi 26 juillet : Golden Gate Bridge

Nous franchissons le mythique Golden Gate, pont suspendu qui établit la jonction entre la baie de San Francisco et l’Océan Pacifique, reliant ainsi la ville de San Francisco, située à la pointe nord de la péninsule à la ville de Sausallito, située à la pointe sud du comté de Marin. C’est le monument le plus célèbre de San Francisco, il fait partie des sept merveilles du monde moderne.

Ses travaux s’achevèrent en 1937, après plus de 4 ans de péripéties et de mésaventures. Avec ses 1970 mètres, le Golden Gate Bridge fut longtemps le plus long pont suspendu du monde avant d’être supplanté par les 2270 mètres du Verrazano Narrows Bridge, à New York, en 1964. Nous le franchissions l’année dernière à la même époque. Chaque année, près de 42 millions de véhicules empruntent le célèbre pont.

 


Le Golden Gate Bridge


Plus de 1250 personnes, à ce jour, ont choisi le pont mythique pour mettre fin à leurs jours. La chute de 67mètres prend environ 4 secondes, seulement 26 personnes ont survécut à un tel saut. Nous passons une partie de la journée à visiter Sausallito, tandis que Philou s’affaire à réparer le tangon que nous avons cassé pendant la traversée. Pendant la prohibition, Sausallito accueillait les tripots qui vendaient de l’alcool. Durant la 2ème Guerre Mondiale, un chantier assemblait des navires de guerre. Il devint ensuite une casse pour bateau. Dans les années 60-70, les hippies investissent les lieux et résident dans des maisons bateaux faites de bric et de broc. Ces « house-boats » ont fait de Sausallito une ville flottante, unique dans la baie de San Francisco.

 


Maison bateau


Des péniches rafistolées, plus ou moins sophistiquées composent des villages flottants aux superstructures excentriques. Aujourd’hui la cité s’est embourgeoisée, les loyers ont grimpé. C’est devenu le fief des bobos qui ont fait fortune dans la Silicone Valley. Mais le village flottant n’a rien perdu de son charme, reste toujours aussi original et les maisons qui pour la plupart reposent sur des barges sont bien rigolotes.
Nous poursuivons notre visite du nord de San Francisco par le très élégant village de Tiburon (requin en espagnol) qui doit son nom à la présence de requins léopards dans les eaux environnantes. C’est une jolie petite station balnéaire, un charmant port, de belles demeures… Nous repassons le Golden Gate vers 18h00, à travers un brouillard épais. Si le tangon est réparé, nous reprendrons la mer demain soir. Direction Monterey.

 

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Dimanche 25 juillet : Yosemite 3

Nous partons à l’aube, en direction de Glacier Point, le point le plus haut que nous pouvons atteindre en voiture afin d’effectuer la descente de la falaise jusqu’à la vallée. Nous sommes à 2700 mètres d’altitude. Il y a plus de 2500 km de cours d’eau et des centaines de parcs d’origine glaciaire dans les limites du Yosemite National Park.

 

 

Celui-ci abrite des glaciers dans les cirques exposés au nord. Mais le réchauffement climatique actuel tend à les faire disparaitre. Le plus grand est le glacier Lyell, 4000 mètres d’altitude, il s’étend sur 65 hectares. Aujourd’hui de nombreux lacs glaciaires ont étés comblés par des sédiments et deviennent des prairies marécageuses. Autrefois, la vallée de Yosemite contenait un lac. La balade à travers la forêt de séquoias est magnifique, nous traversons la forêt puis un petit chemin sinueux et raide à flanc de montagne. Cette ancienne vallée glaciaire est très abrupte, les glaciers ont totalement sculpté le paysage, creusé et poli les roches  pour les transformer au fil du temps en canyons. Avec le réchauffement climatique, ils ont fondu, mais ils restent de gros cailloux qui semblent posés en équilibre instable sur la falaise. La vie en altitude souffre de ce réchauffement, les Pikas (petits chinchillas), par exemple, nichent de plus en plus haut dans la montagne, en quête de fraicheur. Vers 17h00  nous reprenons la route pour San Francisco. J’apprends que par chance, les incendies sont favorables à la reproduction des séquoias. Non seulement, leur écorce est résistante au feu mais surtout la chaleur permet d’ouvrir les cônes (pommes de pin, elles aussi démesurées) et libèrent les graines qui se transformeront en d’autres arbres géants.

 

 


Il est 20h30, le panneau de direction indique, Los Angeles et San Francisco. Le soleil se couche sur les champs d’éoliennes. L’horizon est rose fluo, un avion nous survole. Vénus brille de tous ses feux. La lune est pleine.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Samedi 24 juillet : Yosemite 2

Le parc national du Yosemite, en Sierra Nevada, s’étend sur 3079 km2. C’est le troisième plus grand parc des Etats Unis. Il a été classé site du patrimoine mondial de l’UNESCO en 1984. La tribu Ahwahneechee était installée dans la vallée de Yosemite. Elle était constituée de renégats d’autres tribus, particulièrement féroces. On les appelait « Yohhemeti », ce qui signifie, ceux qui tuent.

La formation de ces colossales falaises de granit interroge les géologues depuis plus de cent ans. Les Indiens d’Amérique rapportent une légende à propos de leur formation : une femme et son mari se disputaient violemment et se battaient, les esprits mécontents les transformèrent en pierre, le « HalfDome » et le « NorthDome ». Ils seraient ainsi contraints à se faire face à vie, à travers la vallée. Plus sérieusement, les murs de granit se sont solidifiés pour former des faces de 1500 mètres, l’érosion a éliminé les roches tendres. Les impénétrables forces de la nature continuent à sculpter ces roches au jour le jour.

 


En 1968, les guides de Yosemite avaient déclaré que le sommet de HalfDome ne serait jamais atteint par des pieds humains. Georges Anderson à relevé le défi, il est le premier à avoir touché le sommet en 1975, d’autres ont suivi. Les faces de « GraniteCliffs » demeurent le paradis de l’escalade. Les grimpeurs viennent du monde entier.
On se sent minuscule au pied de ces cathédrales de granite. On a l’impression d’être au commencement des temps. Même les séquoias géants ont l’air petits. L’échelle semble s’être emballée vers une évidente démesure. J’ai la sensation d’être Alice aux Pays des Merveilles et d’avoir bu une potion magique qui m’a transformée, en fourmi.

 


Il me semble apercevoir des visages sculptés à même la roche, des sphinx qui nous observent tranquillement, des grands sages indiens qui veilleraient sur leur territoire. Même les cumulus congestus font partie du monde d’en bas. Ils flottent à mi falaise, ils ressemblent à des moutons blancs qui tenteraient d’atteindre les sommets. Il se dégage de ces lieux une force titanesque, une spiritualité bien palpable.
Il fait très chaud, nous prenons un bain dans une rivière glacée. Les enfants s’amusent à se laisser dériver avec le fort courant. Le soleil couchant rayonne à travers les séquoias.

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Vendredi 23 juillet : Yosemite

Nous quittons la Fleur et la Marina St Francis vers 9h00, pour  nous installer dans notre van Ford, tout blanc et faire route, en direction de Yosemite. A nous la Californie !

C’est l’image de l’Amérique, telle qu’on l’imagine. Les ponts, les autoroutes, s’entrecroisent. Peu à peu, le paysage se transforme, des vergers sur des kilomètres puis l’élevage, un lac démesuré, nous sommes à Mariposa. Le panorama est de plus en plus vallonné, de plus en plus aride, quelques pins, quelques chênes. Une terre ocre jaune, parfois rouge, des routes sinueuses. Nous croisons des « trucks » aux couleurs flamboyantes. Il fait plus de 40 degrés. C’est cette chaleur qui est responsable de la dépression thermique qui crée un couloir de vents forts le long des côtes. Entre la dépression et l’anticyclone, les isobares se resserrent et créent du vent. Notre petit camion s’est transformé en annexe de la Fleur, sacs de couchage, enfants, chiots qui renversent l’eau dans leur caisse, c’est l’aventure ! Et c’est parfois comique. Nous approchons du parc, on se croirait dans un western, des saloons, des canyons, 1300 mètres d’altitude. Nous pénétrons dans le Yosemite National Parc. Des falaises de granit de plus de 1500 mètres, des séquoias géants.

 

 

Yosemite Parc


Il y a 4 zones, géographiquement bien distinctes : Hight Sierra, Granit Cliffs, Sequoia Groveset Valley. Un panneau nous met en garde contre les éventuels passages d’ours, responsables de 27 accidents de voiture en 2009. Nous traversons des parcelles de forêt totalement brulées sur des miles et des miles. Les incendies sont le mal de la Californie. Valley nous offre un décor grandiose et démesuré. Les falaises de granit qui dominent les canyons et les cascades sont tout à fait spectaculaires.  Demain, nous prendrons le temps de visiter ce temple exceptionnel de la nature.

 

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Jeudi 22 juillet : San Francisco 4

Nous avons rendez vous à Oakland avec Zakiya Harris, fondatrice de « Grind for Green » ou G4G en langage jeune, une association qui utilise la culture Hip Hop pour attirer l’attention des jeunes sur les enjeux environnementaux. Zakiya nous reçoit dans le Green Youth Media Center,  sur la 28ème rue, qui a ouvert l’an dernier, grâce à l’impulsion de plusieurs associations.

Sur la façade, un des artistes a peint des fresques colorées et représentant les actions du centre. Le lieu bâtit selon les normes « Eco Friendly » offre un espace pour la pratique et la production des arts musicaux et des vidéos. Il se veut également un lieu de sensibilisation et de prévention contre la violence. Zakiya est passionnée, c’est une ancienne maitresse d’école.

 


Fresque devant la "Grind For Green" association


Nous interviewons le peintre ainsi que 3 jeunes artistes. Ils font des concerts hip hop, les textes sont écologiquement impliqués. Grind for Green a développé un réseau de jeunes qui s’engage à promouvoir des pratiques écolos. Ils sont souvent issus des minorités black ou latinos. L’association organise un grand concert en été, une Rap-Battle où s’affrontent des jeunes rappeurs sur des textes engagés. L’originalité de cet évènement est d’être « Solar Powered » et c’est une première. Scène et sonorisation sont alimentés par de l’énergie solaire. L’expérience a fait des émules, d’autres villes américaines souhaitent lancer le concept. Le gouvernement fédéral les a contactés pour prendre des renseignements. Zakiya conclut cet entretient par : « La culture est un moyen d’engager les jeunes sur un thème qui dépasse les différences communautaires et le milieu social et qui concerne tout le monde ».

 


Le pont de San Francisco à Oakland


De retour sur San Francisco nous passons le reste de la journée à chercher un Van pour prendre la route demain vers Yosemite et la Vallée de la mort.

Texte Rédigé par Géraldine Danon

Mercredi 21 juillet : San Francisco 3

Journée passée à arpenter les rues de San Francisco grâce à la ligne F, ligne de tramway historique, qui part de Market street et relie Fisherman’s Wharf à Castro en empruntant Embarcadero, elle longe la côte. Elle est composée de vieux wagons de l’entre-deux guerre provenant des quatre coins du pays.

San Francisco est éclectique, inspirée et inspirante. Chaque quartier possède sa propre identité. Nous passons de Fisherman, l’ancien port de pêche  transformé en centre commercial, au Financial district,  entre Union et Market street, paradis  des banques et des boutiques de luxe, nous faisons un petit détour par le quartier hippie  Haight Ashbury avec ses maisons victoriennes, où vécurent Janis Joplin et Jimmy Hendrix, il habitait au 142 Central street.

 


Tramway ligne F


En 1967, Haight Ashbury, pôle de la culture hippie dans les années 60, vit fleurir de nombreux mouvements culturels contestataires, parmi lesquels les skinheads et la mode des raves. En 1967, Haight Ashbury connut son apogée avec le summer of love, mémorable festival hippie qui attira plus d’un demi million de jeunes américains. San Francisco est définitivement impalpable, douce et violente à la fois. Mystérieuse et secrète. On voudrait s’y perdre des jours durant. Je comprends, ce soir que Jules Verne y est fait passer le héros de son tour du monde en 80 jours, sans n’y être pourtant jamais venu. Cette ville est toutes les villes, Passepartout se devait de s’y arrêter.

 


Séance de travail dans le carré

 

Texte Rédigé par Géraldine Danon

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