carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

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30 juin, Ithaque

4 jours de traversée depuis Venise, calme plat et grosse chaleur. Nous relâchons à Port Polis sur l’île d’Ithaque, au pied du joli village de Stavros où se trouvait le palais d’Ulysse.

Le mouillage est enchanteur, les montagnes se reflètent dans l’eau translucide. Nous débarquons et grimpons jusqu’au village. Nous avons rendez-vous avec Esther, artiste peintre, passionnée par Ulysse et son Odyssée. Elle nous conte son arrivée à Ithaque après 20 ans d’absence et ses retrouvailles avec Pénélope. Les enfants sont captivés. Nous dégustons une délicieuse citronnade dans son jardin, avant de la suivre jusqu’au palais d’Ulysse, tout en haut de la montagne.

Nous empruntons l’ancien chemin des mules, le temps est suspendu, la nature a repris ses droits et nous avons bien du mal à nous frayer un chemin dans cette jungle. Les oliviers centenaires caressent le ciel, le soleil s’infiltre entre les branches, elles frémissent, emportées par le souffle du vent qui n’en finit plus de forcir depuis ce matin. Le Dieu Eole ne doit pas être bien loin, il me semble distinguer son visage dans l’ombre d’un nuage. Des silhouettes vaporeuses qui défilent promptement dans un ciel de coton. Elles courent et se perdent à l’horizon tandis que d’autres, bleutées, les rattrapent avant de ne former qu’un tout. Du lointain me parvient l’écho de quelques clochettes, et c’est un troupeau de chèvres qui vient à notre rencontre. Elles sont venues se désaltérer à la Source Noire, celle-là même où Homère, aveugle, aurait recouvré la vue en inondant ses yeux. Faut-il avoir fait un long voyage pour découvrir tant de poésie, marcher sur les traces d’Ulysse, ou juste être à l’écoute du temps qui file ? Un passé bien présent, qui habite plus que jamais chaque parcelle de cette forêt qui nous mène vers l’école d’Homère et les ruines de l’ancien palais.

Un berger vient à ma rencontre, il a les yeux bleus perçant, nous échangeons quelques regards, un sourire, puis il poursuit son chemin en laissant dans son sillage une symphonie de carillons, qui m’accompagne des heures durant, avant de se perdre dans un silence habité par une nature qui ne cesse de vibrer. C’est tout à fait magique et difficilement descriptible avec les mots tant la grâce semble avoir imprégné les lieux.

Nous arrivons sur les ruines du palais, en contre-bas les 3 baies décrites dans l’Odyssée. Mais qu’importe ce qui a existé, ce qui fait partie du rêve, de la fantasmagorie, du mythe ou de la réalité. Ici tout correspond, le passé et le présent, la fable et le palpable, l’hier et l’aujourd’hui. Ulysse et ses aventures rocambolesques n’ont pas fini de nous guider à travers les âges, car à la rencontre de tous ces chemins, se trouve un trésor, une harmonie parfaite, où la vie et la mort se confondent. C’est le bruit du silence, celui des nuages qui défilent, du vent qui s’engouffre dans les feuilles, du tintement des clochettes, celui de nos pas dans l’histoire.

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Nous croisons un berger avec ses chèvres

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Avec Esther à Stavros dans les ruines de l’ancien palais

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Vue depuis le palais d'Ulysse

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Instant de grâce entre passé mythique et réalité bien présente.

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Fleur Australe au mouillage à Ithaque, au pied du village de Stavros.