carnet de route de geraldine danon

   Le carnet de bord de Géraldine

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11 juillet, Le Meltem

Nous avions entendu parler du Meltem par nos amis navigateurs, mais ayant peu navigué en Méditerranée, nous n’avions pas encore l'expérience de ces mers et de ces régimes de vent. Le Mistral ou la Tramontane nous sont plus familiers, pour les avoir rencontrés lors de nos navigations entre la France, l'Italie et l'Espagne. Tout le monde nous avait mis en garde et nous redoutions ce vent constant qui souffle sans discontinuer sur la mer Egée et principalement sur les Cyclades. Nous imaginions bien qu'il y avait du vrai et que ce n'était pas une légende de bistrot.

En Adriatique nous avons essuyé un coup de Sirocco, ce vent du sud, qui souffle en tempête et qui apporte chaleur, sable et ciel brumeux. Il avait laissé la place à un calme parfait et la mer n'affichait pas l’ombre d’une ride.

Franchi le canal de Corinthe, nous avons passé une zone de changement de vent. La légende nous a vite rattrapés et nous avons découvert le Meltem. Plutôt gentil au début, force 4 à 5, Eole s'est soudainement déchaîné et avec une régularité surprenante, le vent s'est établi à un bon force 8 en journée et à un petit force 7 la nuit. La navigation a pris des allures de survie. Hublots fermés, 3 ris dans la grand-voile et petite voile à l'avant. Le Fleur a enfilé sa tenue des mers rugissantes. Pas de grosse houle comme dans le grand sud, mais une mer hachée, courte, qui submerge le bateau de ses embruns. Sous le vent des îles ce sont des rafales, des vents catabatiques qui peuvent atteindre les 45 nœuds. S'amarrer dans un port devient un exercice de rodéo. Notre capitaine a refusé à plusieurs reprises de prendre le risque de s'écraser contre le quai où la mer déferlait. Mieux vaut poser son ancre dans une baie tant éloignée de la ville soit elle, que de passer la nuit à essayer de sauver son bateau dans un port devenu un piège.

Nous avons vu des bateaux drossés contre des quais, les équipages essayant de sauver leur navire avec quelques pauvres pares battages (bouées de protection) transformés en crêpes sous la pression des éléments déchaînés. D'autres ont passé la nuit à régler les amarres priant le ciel et le dieu Eole que cesse ce souffle devenu ouragan.


Le Meltem, commence à souffler en juin et atteint son paroxysme en juillet et août. Ce vent est la conséquence d'un gradient de pression entre une zone de basse pression sur le Pakistan (la dépression de la mousson asiatique) et la zone de haute pression des Açores. Entre ces deux phénomènes, un couloir de vent se met en place et prend le nom de Meltem, qui a pour particularité d’être constant en force et en direction. Dans le ciel, pas un nuage, le bleu de la Méditerranée. Ce même bleu qui dans la langue d’Homère n’existait pas et représentait l’enfer. La journée la chaleur est écrasante et après un beau couché de soleil qui enflamme le ciel, la nuit paraît douce avec des étoiles qui scintillent au-dessus de l'horizon.


Il faut donc composer avec les éléments et choisir sa route suivant la direction du vent. Remonter au près contre le vent devient une sinécure et l'équipage rouspète. La Fleur chemine d'une île à l'autre, découvrant un mouillage sauvage dans une île déserte ou bien posant son ancre devant une plage assaillie par la jetset du monde entier qui vient y faire la fête. Il y a de tout dans ces îles des Cyclades, des bergeries où les moutons broutent les herbes desséchées par le soleil et un peu plus loin un magnifique yacht ou un beau voilier de plus de cinquante mètres.


Il faudrait plus d'une vie pour toutes les connaître. Nous ne ferons que les effleurer. Nous avons compris l'attrait qu'elles ont eu depuis l'Antiquité et qu'elles ont encore aujourd’hui. Couleurs, chaleur, petits villages accrochés sur les falaises, moulins actionnés par ce grand vent, et ses milliers de petites chapelles peintes en blanc et bleu. Terre de pirates mais aussi d'Homère, d’Apollon, d’Artémis et de bien d'autres. Depuis des millénaires les marins les ont sillonnées. A terre on y cultive la vigne, le blé, en mer on y pêche la dorade, le poulpe.


Nous levons l'ancre sous un clair de lune qui illumine cette nuit noire. Les étoiles vont nous guider vers les îles Dodécanèse, nous approcherons les côtes Turque, la porte de l'Asie.

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Au mouillage à Delos.

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Sur le bateau du passeur, vers l'île de Paros.

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Des pêcheurs au joli port de Naoussa  sur l’ile de Paros

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Village de Naoussa, Nord de Paros.

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Naoussa, geule de patre grec et maison blanche.

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Laura, la belle heure, Paros.

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Delos: l''île energie, sauvage comme on les aime.

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Fleur Australe, voilure arisée pour le Meltem.

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