Lundi 11 Février

 

Nous quittons notre mouillage enchanteur dans ce petit coin de paradis et faisons voile vers le village d’ Hornopirèn pour nous ravitailler. L’endroit n’a aucun charme. Il marque la fin de la route et l’embarquement des voitures par ferry pour Chaiten afin de retrouver la route australe qui va jusqu’à O’Higgins. C’est l’une des routes les plus extrêmes du monde, longue de 1200 km, rarement goudronnée, forêts primaires, glaciers, fermes de pionniers, rivières turquoises et fracas du Pacifique. Achevée en 1996, elle a coûté 300 millions de dollars et demandé plus de 20 ans de travaux en entrainant la mort de 11 ouvriers. La volonté de Pinochet de bâtir une route traversant la région d’Aisèn n’avait rien de pragmatique. Elle reposait plutôt sur la valeur symbolique attachée à la réalisation d’une route reliant entre elles les diverses régions du pays. Cette route mythique continue d’ailleurs d’attirer les voyageurs même si les ferrys sont rares et ne passent que pendant l’été.

 

 

 

 

Changement de temps, les nuages arrivent.

 



11h00


Il pleut à verse. C’est la fin de cette période de grand beau temps qui dure maintenant depuis près d’un mois. Et c’est tant mieux car le pays a besoin d’eau. Ravitaillement fait, nous filons vers un mouillage paisible. C’est l’eau qui est l’âme de la Patagonie du Nord, cascades limpides, lacs turquoise, glaciers imposants et fjords tortueux, elle est partout pour notre plus grand bonheur. Elle nous a régalé sous toutes ses formes. Aujourd’hui c’est la pluie qui tombe pour compléter ses milles visages et saluer notre départ prochain.

 

 

 

 

Isla Tora et ses pêcheurs.

 

 


17h00


Envie de poissons ! Nous filons jusqu’à Isla Toro, où les pêcheurs rentrent au petit port les cales pleines. Pour 10 euros à peine nous achetons deux merluzas et un énorme congrio. C’est vraiment le pays du bien-être et de la vie facile. Une légende raconte que lorsque Dieu créa la Terre, il lui restait à la fin un peu de tout dans les mains, déserts, glaces, montagnes, volcans, etc. Il déposa le reste de ce tout sur l’Amérique du Sud et créa le Chili. C’est pourquoi on trouve le désert au nord et la glace au sud.

 

 

 

 

Ciel de traîne, avec de gros cumulonimbus et un vent à 40 nœuds.

 

 

 

6h00 ce matin

 

Nous levons l’ancre et filons vers Chidguapi. 35 nœuds de vent, nous sommes au près à la gîte et rasons la côte pour nous abriter. Nous sommes grand voile deux ris.

 

 

 

 

 

Ici la marée est importante, plus de 6 mètres.

 



13h00


Nous relâchons devant la plage sur l’île de Chidguapi. Nous avons rendez-vous chez Juanita pour y déguster notre premier curanto, plat typiquement chilien et particulièrement propre à la région de Chiloé. Autrefois il était préparé dans des fours creusés dans le sol selon l’ancestrale coutume polynésienne. Pour préparer le curanto traditionnel, on faisait d’abord chauffer des pierres au fond d’un trou jusqu’à ce qu’elles se fendillent puis on y empilait crustacés, viande de porc et de poulet, surmontés de feuilles de nalca ou « pangue » et de linge mouillé avant de recouvrir le tout de terre et d’herbe pour le laisser mijoter 2 heures, c’est le curanto al hoyo que l’on peut encore déguster aujourd’hui. Juanita, elle, nous le prépare sur son poêle à bois pour qu’il soit plus juteux. Et c’est réussi, c’est un vrai régal. Il pleut des trombes. Nous retrouvons notre équipement de Géorgie, regagnons le bord et appareillons. Le vent a forci avec des rafales à 45 nœuds. Le capitaine cherche un abri pour la nuit.

 

 

 

 

Le ciel est encombré avec ses gros nuages.

 

 

 

 

Samedi 9 Février : Le bout du monde

 

Il y a des endroits que l’on découvre et qui sont simplement magiques. On a beau courir le monde, s’étonner de telle ou telle beauté, et puis soudain il y a un lieu qui dépasse tous les autres. Le Chili a ses trésors cachés qui n’existent pas sur les dépliants touristiques. L’accès se fait évidemment en bateau et cela reste le privilège des endroits isolés. Il a fallu s’éloigner de la civilisation.

 

 

 

 

Une vallée profonde et derrière la montagne, l'Argentine.

 



Le premier village se trouve à plus de cinquante kilomètres. Sur la carte une petite échancrure qui ne présage rien d’extraordinaire. Nous y sommes arrivés de nuit à la lueur du projecteur pour y jeter l’ancre et trouver un arbre où amarrer notre ligne arrière. A terre, une petite fumée s’échappe à travers les arbres. La nuit est douce, pas de bruit. On entend seulement la musique du torrent qui descend de la montagne.

 

 

 

 

Les nuages jouent avec la montagne.

 

 


Au petit matin, la grandeur des montagnes environnantes nous impressionne. Les sommets ont gardé une carapace de glace. On aperçoit une vallée qui s’enfonce dans la Cordillère. Au loin une chaîne de montagne et derrière, l’Argentine. Les nuages flottent dans ce décor somptueux et nous donne l’échelle de ce théâtre. Une plage de galets, un petit ruisseau, une pente douce d’herbe et en haut une petite maison d’où s’échappe un panache de fumée. Tout est tranquille, pas d’agitation, pas de chien qui vous aboie au visage en guise de bienvenue, juste de la douceur. Les moutons et les vaches paissent paisiblement. Les rapaces entament leur vol au premier souffle de la brise matinale.

 

 

 

 

Une petite maison pour cuire le cordero (mouton).

 

 

 

 

Vue imprenable pour un excellent repas.

 

 



Nous escaladons cette belle prairie et découvrons une famille qui vient à notre rencontre. Une balançoire, un ballon de foot, la maison du chien. Des barrières qui enferment le potager et derrière, les arbres fruitiers. La maison est en bois. Elle se confond dans le décor des arbres qui l’entoure. Tout est propre et bien tenu. Victor et Helena nous accueillent avec un grand sourire et nous indiquent la présence de sources chaudes un peu plus haut dans la forêt. Ils nous proposent également de préparer pour quelques pesos un cordero asado (mouton) cuit sur un feu qui se trouve dans une petite maison spécialement conçue à cet usage.

 

 

 

 

 

Pique nique de luxe...

 

 

 

 

En route pour les sources chaudes.

 

 



Le ciel est bleu et quelques petits nuages flottent gracieusement de-ci de-là, posés délicatement dans ce tableau impressionniste. On a la sensation d’être dans un doux rêve. Nous nous laissons emportés par ce bien être, bercés par le frissonnement des arbres et la mélopée de la cascade. Les enfants font de la balançoire et jouent au foot. Les adultes se laissent aller à la contemplation, allongés dans l’herbe en regardant les enfants s’amuser.

 

 

 

 

Philou et la troupe Fleur Australe.

 

 


C’est un beau film qui se déroule sous nos yeux. Le mouton est bon, le pain aussi. Nous empruntons le petit sentier qui serpente dans la forêt le long du torrent. Quelques fumeroles s’échappent à travers les arbres. Nous découvrons des piscines d’eau sulfureuse, l’eau encore fumante nous invite au bonheur. Des sources chaudes alimentent une succession de petits bassins allant du tiède au brulant. Nous passons là un temps qui ne compte plus, passant de la morsure des bains chauds à la fraîcheur vivifiante du torrent. Vous avez dit paradis ! Pour nous il le fut le temps de cette escale magique.

 

 

 

 

La Fleur au repos dans la baie.

Jeudi 7 Février : Les fjords


Nous quittons le superbe fjord Kuintubean après avoir passé une journée à profiter des cascades vertigineuses qui viennent se jeter dans l’eau émeraude. Au coucher du soleil la mer s’illumine et s’empourpre, les forêts ont bien du mal à s’y mirer. C’est un paysage d’une grâce absolue. Nous rentrons dans le Parc Pumalin, vierge et verdoyant, il englobe 2889 km², avec de grandes zones de forêt pluviale tempérée, des rivières cristallines, des cascades par milliers. Il est la propriété de l’Américain Douglas Tompkins. C’est le plus vaste parc privé du Chili, voir du monde. C’est un modèle pour le pays.

 

 

 


Nous avons retrouvé les fjords et les hautes montagnes.

 

 

   


Petit bateau de pêche qui rentre au coucher du soleil.

 

 

 

20h00


Nous relâchons devant une cascade. Les pêcheurs ont déposé un tuyau pour remplir leurs bidons.

 

 

 


 

 

8h00


Nous nous collons à la falaise pour remplir nos tanks avec la bonne eau pure de la cascade. On ne peut rêver plus belle halte. La scène est particulièrement bucolique et je m’empresse de l’immortaliser avec ma caméra. Nous sommes encerclés par des parois vertigineuses. Devant nous, des sommets enneigés, le décor est particulièrement puissant, de toute beauté. On se sent bien peu de chose dans ce cirque époustouflant.

 

 

 


Une famille de pêcheur.

 

 

 


Au pied d'une cascade.

 

 

 

14h00


Nous mouillons devant les thermes de Cahuelmo. De nombreux hauts-fonds nous empêchent de nous en approcher. Nous prenons l’annexe pour arriver jusqu’aux petites piscines d’eaux thermales à plus de 50 degrés, creusées dans le sol. L’eau est trop chaude pour que je m’y hasarde, mais Philou s’y adonne. L’endroit est gardé par une bande de jeunes Chiliens qui y ont élu domicile. Ce sont des hippies de Santiago, on ne peut plus calme. Dans la matinée nous filerons vers Porcelana.

 

 

 


A l'approche du mouillage.

 

 

 


Collé à la parois, nous remplissons les tanks à eau au pied d'une cascade.

 

 

 


Marion au jardin d'Eden.

 

 

 

Mardi 5 Février : Chiloé Continentale


Nous avons traversé le Golfo de Ancud avec un vent de Sud de travers et des rafales à 30 nœuds. Il y avait longtemps que la Fleur n’avait pas eu le plaisir de surfer sur les vagues. Traversée rapide avec des pointes à plus de 9 nœuds. Un petit croissant de Lune émerge de la Cordillère des Andes et vient effleurer les sommets enneigés. Un fleuve d’argent s’ouvre devant nous pour nous montrer le chemin jusqu’au mouillage.

 

 

 


Au petit matin, les nuages jouent avec la montagne.

  

 

 


Les sommets enneigés se découvrent.

 

 

 

3h00

 

Il fait encore nuit, l’approche se fait au radar, un œil rivé sur le sondeur. Le projecteur éclaire la falaise et l’ancre descend peu à peu pour immobiliser le bateau à quelques mètres du rivage.

 

 

 


Fleur Australe au pied d'une falaise
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8h00

 

Nous relâchons devant un hôtel qui utilise une source thermale à 50°. Nous débarquons pour profiter éventuellement d’un bon bain chaud. L’endroit n’est pas très attirant avec ses bâtiments un peu vieillot. La descente à terre confirme notre impression. Les piscines ont la peinture écaillée et rien ne donne envie d’y faire trempette, aussi chaudes soient elles. Nous levons l’ancre, préférant nos bains de mer aux eaux bien fraîches.

 

 

 


Les fjords encaissés.

 

 

 

On appelle cette région la Chiloé Continentale. Des volcans, des canaux avec de hautes montagnes et une succession de fjords aux eaux turquoises. Nous entrons par une passe étroite dans le Estéro Quintupeu. Un fjord de 3 milles de long avec des falaises abruptes. La forêt est luxuriante. Le décor magistral.

 

 

 


La Fleur au pied d'une cascade.

 

 

 

Nous pointons l’étrave près d’une cascade. Tout le monde se jette à l’eau pour profiter de ce mélange d’eau douce et d’eau de mer. La température est parfaite (18°) et nous ne regrettons pas nos bains au milieu des touristes de la station thermale.

 

 

 


La Fleur au pied d'une cascade.

 

 

 


Une cascade où il fait bon se baigner.

 

 

 


Jacuzzi, jacuzzi...

 

 

 

Dimanche 3 Février : Castro


François Galgani est arrivé ce matin de Paris pour faire avec nous le bilan sur notre mission de repérage des déchets flottants et récupérer les disquettes des films enregistrés par la caméra sous-marine. François est responsable à l’IFREMER des déchets dans l’environnement marin et depuis plusieurs années il étudie tout ce qui touche à la pollution des océans. Il travaille sur les rejets de polluants, les pesticides, les hydrocarbures, l’amiante près du site d’extraction au Cap Corse, mais aussi les matières plastiques, sacs, filets, bouteilles et tout ce que l’homme peut rejeter à la mer d’une manière volontaire ou involontaire.

 

 

 


Avec François Galgani et le système de caméras tractées.

 

 

 

Il y a quelques années, ce secteur n’intéressait personne et semblait plutôt dégradant. La vision des choses a évolué avec les grands drames des pétroliers et les plages polluées par les hydrocarbures et les déchets flottants, entrainant une prise de conscience collective notamment en ce qui concerne la pollution visuelle mais aussi cachée. Dans d’autres pays comme aux Etats Unis, des équipes ont mis en place des expéditions pour l’étude des déchets et de la pollution marine. François vient de terminer une mission qui avait pour objectif d’étudier toutes les côtes de Méditerranée afin de faire un recensement général sur cette problématique. Des zones comme la baie de Naples, laissent apparaître des problèmes majeurs pour la santé des hommes et des espèces maritimes. Cette carte va permettre de mettre en place des actions visant à traiter le problème à la source.

 

 

 


Les flotteurs en clégécel, ceux-ci sont protégés.

 

 

 


Un cormoran a fait son nid sur une bouée
.

 

 

 

François et son équipe ont étudié les côtes françaises avec des moyens techniques importants, l’utilisation de sous-marin et de ROV (sous-marin télécommandé)  pour comptabiliser les objets sur les fonds sous-marin. On s’est aperçu que les plastiques, suivant leur composition, pouvaient flotter sur de longue distance, mais aussi couler assez rapidement et donc couvrir les zones côtières sous-marines. L’étude de la côte méditerranéenne avec ses canyons a permis de mieux comprendre le trajet de certains objets portés par les courants au fond de la mer. A l’échelle mondiale, d’autres études, par exemple entre le Spitsberg et le Groenland, ont démontré la présence d’objets comme des filets de pêche qui ont parcouru des milliers de kilomètres avant d’échouer dans des fosses de grande profondeur.

 

 

 


Un pêcheur de sardine.

 

 

 

Notre mission cette année, a été de filmer à l’aide de caméras sous-marines tractées, (entre -30 cm et la surface), zone où l’on peut trouver des objets flottants, surtout des plastiques, entiers (bouteilles, sacs, filets), ou en décomposition (fragments de 1cm à plus). Les scientifiques essayent d’évaluer la concentration des déchets et la possibilité de trouver de tels plastiques dans les différents océans comme en Antarctique. On connaît depuis quelques années, les Gyres des océans Pacifique et Atlantique. Ce sont des zones où les déchets portés par les vents et les courants convergent dans un grand tourbillon. Nous connaissons celui du Pacifique Nord, étudié par les américains de San Diego. Lors de notre passage en Californie, nous étions allés à leur rencontre, à l’Université de la Jolla. Dans l’Atlantique et le Pacifique sud, des zones semblables ont été étudiées récemment.

 

 

 


Un bateau équipé pour aspirer le saumon dans les fermes.

 

 

 

La mission « Fleur Australe » a pour particularité d’emprunter des routes très peu fréquentées. C’est pour cette raison qu’IFREMER souhaite poursuivre ce partenariat. Le support du bateau Fleur Australe est peu onéreux par rapport aux bateaux scientifiques qu’ils affrètent pour ce genre d’expédition. Notre vitesse permet de mettre à l’eau les caméras et de faire des relevés significatifs.

 

 

 


Castro, la cale de débarquement.

 

 

 

François Galgani profite de ce voyage au Chili pour aller rencontrer son homologue chilien qui a fait une étude précise sur la pollution dans les canaux, région des pêcheries de saumons et des élevages de moules, huîtres et coquilles St Jacques. Comme nous avons pu le constater, les côtes sont très polluées par l’activité maritime intensive. Les flotteurs en clégécel, qui servent aux lignes d’élevage des crustacés, se décomposent sous l’action du soleil et des intempéries. Une loi a été votée pour obliger les ostréiculteurs à envelopper ces flotteurs, ou à en utiliser de plus résistants. Autres polluants, les sacs plastiques qui contiennent la nourriture pour l’élevage des saumons et que l’on trouve sur les plages. François nous dit que c’est souvent par ignorance que ces problèmes existent et qu’aujourd’hui il semblerait qu’un effort soit effectué pour aller dans le bon sens.

 

 

 


Laura au marché artisanal.

 

 

 

Nous partons avec Fleur Australe pour la journée, faire découvrir à François Galgani les canaux dans le région de Castro et  lui montrer à la fois les fermes d’élevage et les plages polluées par les déchets. Dans quelques semaines nous irons rencontrer son collègue pour qu’il nous donne plus de détails sur les problèmes rencontrés au Chili. Le ciel est d’un bleu éclatant et nous profitons de la quiétude des lieux. Dans la soirée nous ferons voile en direction de Quinchao à 20 milles.

 

 

 

Lundi 4 Février : San Juan de Chiloé


On pourrait l’appeler le pays de l’abondance. Une escale hors des sentiers battus où Fleur Australe vient poser son ancre. L’accès est rendu difficile par les bancs de sable qui assèchent à marée basse. Nous slalomons à travers les filières de moules pour trouver un endroit avec un peu d’eau sous la quille.

 

 

 


San Juan de Chiloé et son église.

 

 

 

La mer descend et c’est en zodiac que nous partons à la découverte du petit village. Il y a là une très belle église en bois, classée au patrimoine mondial par l’UNESCO.

 

 

 


Rosita et Blanquita les reines de l'empenadas !

 

 

 

Il faut se dépêcher avant l’étale de basse mer. Nous sommes invités chez Rosa et Blanquita pour déguster des « empanadas » tout juste sortis du four à bois. Certains sont fourrés au fromage, d’autres à la viande et aux oignons. Nous assistons à la préparation et regagnons la Fleur avant que la marée ne nous rattrape.

 

 

 


Les trésors du grand père, le bateau à voile traditionel
.

 

 

 

Nous croisons des pêcheurs qui reviennent des parcs et nous offrent un gros sac plein de moules fraichement récoltées. L’un d’eux nous interpelle : « Vous connaissez Eric Tabarly ? je l’ai croisé à Cape Town sur Pen Duick 6. » Il ne pouvait mieux tomber car Philou était équipier de Tabarly sur Pen Duick 6. Le monde est petit pour ceux qui voyagent.

 

 

 


Notre ami pêcheur d'oursins.

 

 

 

Tout au long de la journée, c’est un défilé de pêcheurs qui se plient en quatre pour nous faire plaisir. L’un d’eux nous apporte de succulents oursins bien pleins, un autre des crabes. « La France nous a tant aidé du temps de Pinochet » s’exclame-t-il lorsque je le remercie.

 

 

 


Une famille de cygnes au cou noir navigue dans la baie.

 

 

 

Il fait beau, le temps est calme. Laura apprend à ramer sur la prame. Une otarie l’observe. Elle n’est pas peu fière de pouvoir conduire sa sœur sur la petite plage de sable noire. Ce soir nous traverserons la baie pour rejoindre le pied de la Cordillère des Andes. 40 milles séparent l’île de Chiloé du continent. Nous allons retrouver les montagnes et les fjords et aussi les sources chaudes venues des entrailles de la terre. Autre paysage au pays de l’abondance !

 

 

 


L'église.

 

 

Vendredi 1 Février : Ténaùn


7h00

 

Nous quittons la ravissante Méchuque au petit matin et relâchons à quelques milles devant la belle église de Ténaùn, port paisible de l’île de Chiloé. Nuestras Senoras del Patrocinio est un pur joyau du patrimoine mondial avec ses trois superbes tours bleues qui reflètent la mer indigo comme par enchantement. Elle date de 1837.

 

 

 


L'église de Ténaùn, classée au patrimoine mondial de l'UNESCO.

 

 

 


Au mouillage devant Ténaùn.

 

 

 


Au mouillage devant Ténaùn.

 

 

 

Les pêcheurs reviennent de mer après trois jours. Ils rapportent 30 tonnes de sardines et des centaines de sierras (tazars). Ils repèrent le banc compacte de sardines avec leur sonar puis jettent leur senne (filet) de 300 m par 50 m à l’eau et le referment aussitot afin de capturer les sardines, attirant dans leur sillage des centaines de tazars qui se font capturer par la même occasion. C'est pour notre plus grand bonheur puisqu’ils nous en offrent deux tout frais qui ont encore une sardine dans la bouche. On ne pêche la sardine et le tazar que pendant l’été lorsque les eaux sont plus chaudes.

 

 

 


L'équipage débarque les dizaines de tazars
.

 

 

 

Les pêcheurs comme ceux que nous avons rencontrés ce matin souffrent terriblement de la pêche intensive industrielle qui ne respecte aucunement les quotas ni les zones de pêche (50 milles des côtes), ils ont protesté l’année dernière quand on a voulu réduire leur quotas de 19000 à 12000 tonnes, ce qui s’est soldé finalement pas un accord à 17000 tonnes. Il semblerait que cette pêche industrielle soit gérée par certains membres de l’ancien gouvernement. Le fait est que nos pêcheurs ne souhaitent qu’une chose c’est que leurs descendants fassent des études pour s’éloigner de ce métier « rude et ingrat ». Ils sont particulièrement sympathiques et c’est avec une émotion partagée que nous prenons congé, emportant nos deux superbes tazars si gentiment offerts.

 

 

 


Voilà notre pêche du jour, un cadeau du capitaine !

 

 

 


Sous l'oeil du capitaine.

 

 

 

15h00

 

Nous appareillons pour Castro où nous attendons François Galgani de l’Ifremer, venu faire un point sur le système de caméra sous-marine installé sur Fleur Australe en Uruguay. Les dauphins vont et viennent autour de Fleur Australe ce matin. Il y a du courant, 2 nœuds. Le vent d’ouest se lève tandis que le ciel se dégage peu à peu et que le soleil tente quelques timides percées à travers les gros cumulus. Nous croisons de nombreux lions de mer qui se prélassent sur des bouées. A 19h00 nous jetons l’ancre devant le Pueblo de Castro et ses palafitos. 

 

 

 

Jeudi 31 Janvier : L'acteur


Au petit matin nous revenons avec un sac plein de palourdes et des herbes tout juste cueillies dans le potager de notre ami pêcheur. La vie ici est d’une douceur incomparable. Il y a tout pour vivre heureux : du poisson, des coquillages, des moutons, des herbes fraîches et des pommes. Pour le reste pas de superflu, pas d’électricité, pas d’eau courante, pas de voiture, une vague épicerie dans laquelle on ne trouve de rien. Le bonheur !

 

 

 


Notre pêcheur de palourdes, son grand sourire et quelques herbes de son jardin en cadeau.

 

 


 


Il y a la queue à l'épicerie.

 

 

 

Je fais la connaissance de Don Paolino qui a créé le petit musée de Mechuque essentiellement tourné vers la mer dans sa maison. Il navigue depuis qu’il a 9 ans avec son grand-père et a dédié deux des pièces de son musée à ses parents et à son épouse défunte qui « continue ainsi de vivre avec lui ». Don Paolino ne vibre que pour son musée qu’il améliore sans cesse. En ce moment il est en train de reconstruire un ancien moulin à eau qui servait à moudre le blé, pour l’exposer.

 

 

 


Don Paoline, dans son musée
.

 

 

 

Je vais ensuite à la rencontre de l’étonnant Michael, acteur ultra-sensible (c’est un pléonasme) qui a quitté l’anonymat des villes « bien trop égoïste et égocentrique » pour la quiétude de Mechuque où il passe plus de 6 mois par an. Dans sa maison typiquement chilienne, ce passionné s’est improvisé une petite salle de cinéma avec de superbes fauteuils en cuir récupérés dans une salle de Santiago qui a fermé. Il projette sur son écran des films, des documentaires, aux habitants. Sa maison sert de lieu de rencontre où on échange autour d’un film, nous allons d’ailleurs y projeter nos documentaires "Fleur Australe sur la route des pôles".

 

 

 


Michael, l'acteur dans son musée cinéma.

 

 

 

 


Maison typique avec son jardin et le tas de bois pour l'hiver.

 

 

 

« Ici tout le monde se salue, l’argent n’a pas d’importance, la seule chose qui compte c’est le bois qu’on amasse en quantité pour affronter la rudesse de l’hiver » m’explique-t-il la larme à l’œil. Il me raconte aussi que si la plupart des maisons se trouvent dans la lagune c’est qu’il n’y a pas besoin d’y acheter un terrain puisque le lieu fait partie du domaine maritime. 

 

 

 


La baie à marée basse et les palafitos.

 

 

 

Ici, pour fuir la solitude, toute la famille habite ensemble, les enfants, les vieux, les maris et quand une maison devient trop petite, qu’à cela ne tienne on la déplace. C’est la « Minga », tout le village y participe, c’est une vraie fête, un véritable élan de solidarité générale qui fait une fois de plus monter les larmes aux yeux de mon acteur de Méchuque lorsqu’il l’évoque.

 

 

 


Douceur du soir.

 

 

 

Il y a des taureaux auxquels on a ôté les testicules pour qu’ils soient plus forts, ils tirent la maison avant qu’on ne l’embarque sur un bateau pour la décharger de l’autre côté de la rive ou sur une autre île. Michael nous montre un petit film qu’il a fait sur la Minga. C’est effectivement très beau et émouvant, toute cette énergie déployée et ces maisons qui volent d’un lieu à l’autre, tractées par les taureaux furieux pour se hisser sur d’autres pilotis, ailleurs, plus loin, laissant la place à une autre habitation plus grande avec un potager plus conséquent parce que la famille s’est agrandie.