24 février

 

Nous passons nos journées à arpenter les jolies rues de La Havane. Il faisait très froid jusqu’à hier, en un jour la température a grimpé de plus de 10°. Le front froid est passé, le vent a molli et les nuages ont cédé la place à un superbe ciel bleu. Le paysage semble radicalement différent avec le soleil. Le malécon s’est apaisé mais la route est recouverte de sargasses, surprenant en pleine ville. 

 

 


Philou à Varadero. Il ne fait pas chaud !

 

 
 


Rues de La Havane

 

 

Nous en profitons pour passer la journée à Varadero à 200 km de la Havane. Aucun intérêt, un parc pour touristes au bord d’une longue plage de sable blanc. Ils sont parqués, comme les dauphins d’ailleurs, dans de grands hôtels épouvantables. Sauf qu’eux ont choisi. Il y a cinq delphinariums à la Havane, ce n’est franchement pas ce que les Cubains ont fait de mieux. 

 

 

 


Parque Central, le Capitole en restauration

 

 


Rues de La Havane

 

 

Nous regagnons vite la capitale bondée de monde. C’est une période très touristique. Les belles américaines crachent leur fumée noire qui se mélange avec celles des usines et nous regrettons l’air pur de la mer. Heureusement que la ville est superbe et que les habitants sont vraiment sympathiques. Il suffit de demander son chemin à un Cubain pour voir comment il se met en quatre afin de vous diriger au mieux. Une infinie gentillesse ! Ils sont prêts à monter dans la voiture pour vous conduire à destination. 

 

 

 

 

 


Des Cubains attendent avec leur livret de rationnement

 

 

C’est au cimetière Christophe Colomb que nous allons justement, le plus grand du monde ! S’en suit un épisode des plus rocambolesque. Il nous faudra deux jours pour trouver finalement la tombe de ma grand-mère. Nous ne lâchons pas, nous passons des heures entières à arpenter les allées aux belles tombes à la recherche du petit monument qui abrite la colonie de Français de la Havane. On nous envoie à un bout puis à un autre avant de parvenir à notre fin. « Ines Danon, 6 nov 1944, elle est morte à 45 ans ? » s’étonne Laura en découvrant la plaque à son nom. Eh oui !!! En quittant le cimetière après nous être recueillis sur la tombe, une marche funèbre effectuée avec brio par une trentaine de militaires m’arrache une larme. Signe du destin, je ne pouvais rêver plus bel hommage. La musique est poignante.

 

 


Sur la tombe de ma grand-mère, Ines Danon, enterrée ici avec la colonie Française de Cuba

 

 

 

 

En fin de journée nous allons siroter un mojito à la Bodeguita Del Médio, le célèbre bar d’Hemingway, avant d’aller assister à la cérémonie du canon à 9h00 pétante au Morro. On l’entend dans toute la capitale, cela signalait autrefois la fermeture des portes de la ville. Costumes d’époque et authentique coup de canon espagnol, les enfants sont très impressionnés. 

 


Les maisons menacent de s’écrouler

 

 

C’est la fête du livre en ce moment à la Havane et la foule se presse pour contempler les ouvrages du côté de la forteresse et de la maison du Ché. Nous déjeunons le lendemain dans un très beau Paladare, un véritable palais (ou fut tourné le célèbre film cubain Fresas y Chocolaté) avant de lever l’ancre en milieu d’après midi en direction de Miami où Fleur Australe nous attendra quelques semaines avant de rejoindre New York puis le Grand Nord cet été. 

 

 

 

 

Les habitants ont toujours le sourire

 

 

Nous laissons les Grandes Antilles dans notre sillage. 2500 milles parcourus depuis Saint Barthélémy, des souvenirs et des images plein les yeux.

 

 

22 février : Navigation autour de Cuba, par Philippe Poupon

 

Cuba est une île de près de 1200 km de long. Bien plus grande que sa voisine Hispaniola qui mesure 700 km et rassemble la République Dominicaine et celle d'Haïti. La Jamaïque, elle, ne fait que 250 km. Entre Santiago de Cuba (notre port d'entrée) et La Havane, nous aurons parcouru plus de 750 milles. Une longue navigation avec des vents contraires. Nous attendions des alizés de secteur Est, mais nous avons rencontré des vents de Nord-Ouest assez forts et l'alizé a été aux abonnés absents. 


 

 
 

Entre le Mexique et Cuba, c’est au cap San Antonio situé dans le détroit du Yucatan que le courant du Gulf Stream prend naissance. Une fois passé le cap à l'extrémité ouest de l'île, le Gulf Stream nous aide à rejoindre la Havane. 

Pour nous, ce sera sous un bel orage avec plus de 30 nœuds de vent sur la fin, c'est la tempête pour notre arrivée dans la Marina Hemingway. Fleur Australe peine pour pénétrer dans l'étroite marina. Un front polaire avec une température de 15° nous fait ressortir les bonnets.

 

Il faut bien avouer que cette île n'est pas le paradis pour la navigation. Les ports sont peu accueillants, et on se retrouve loin des villes intéressantes, comme c'est le cas à Santiago, Trinidad et la Havane, parqués à quelques dizaines de kilomètres dans ce qu'ils appellent des marinas sans grand intérêt.


 

 

 

Les cayos, petites îles nombreuses autour de Cuba, sont souvent recouvertes de mangrove et les plages de sable blanc sont rares et polluées, nous avons pu le constater à cayo Rosario. La grande île de cayo Largo est envahie par les grands hôtels et ses touristes allemands, italiens ou canadiens. 

 

Sur cette île nous avons rencontré deux malheureux dauphins parqués dans un petit bassin, qui sont sensés divertir les touristes… Il y a d'ailleurs plusieurs delphinariums sur l'île de Cuba. Nous voulons les voir en mer, en pleine liberté.


 

 

 

Voilà pour le décor maritime de Cuba, sans parler des formalités obligatoires à chaque escale. Certes la Guarda, police maritime, est toujours fort sympathique, mais on sent encore la présence du contrôle systématique et le poids de l'armée dans ce pays toujours dirigé par un dictateur, un Castro, même si Raul à remplacé son frère Fidel. Il y a aussi les zones interdites, peur d'un débarquement, comme la Baie des Cochons, ou des baies réservées aux militaires.

 

Nous n'avons pas rencontré beaucoup de bateaux de pêche. Ils doivent exister car les côtes sont propices avec les kilomètres de mangrove, lieu de reproduction idéal pour les poissons.

 

Nous avons aimé Trinidad avec son charme d'une ville d'antan. Santiago est trop polluée par ses activités industrielles autour de son port. Il nous reste à découvrir La Havane que personnellement je ne connais pas mais qui semble avoir ses trésors cachés et doit représenter ce que l'on imagine de Cuba.

 

20 février : La Havane

 

Erratum : ce texte a été publié par erreur comme étant écrit par Philippe Poupon alors que Géraldine en est bien l'auteur. Bonne lecture !

 

Après une traversée houleuse pour rejoindre La Havane nous pénétrons dans la Marina Hemingway. Comme toutes les marinas de Cuba, elle est à quelques kilomètres du centre de la ville et n’a aucun charme. C’est la tempête, le vent souffle à 30 nœuds. Nous débarquons et partons à la découverte de la vieille Havane. Je ne suis pas revenue à La Havane depuis 1995. Le malécon est toujours aussi beau. Les vagues en furie se fracassent sur le mur qui le protège. Des cataractes d’eau se déversent sur la route et les voitures qui passent à ce moment-là sont submergées. C’est impressionnant. Le spectacle vaut le détour. Je me fais surprendre en tentant d’immortaliser l’instant et me retrouve trempée en moins de deux. Je suis captivée par ces moutons d’océans qui prennent des formes en agonisant quand vient la nuit. Le malécon est enveloppé d’un nuage d’écume diaphane. Il fume et la ville s’éclaire. 

 

 

  
 
La vieille Havane, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco est sublime avec ses vieux palais qui ont fait l’objet d’une belle restauration. Témoignage unique de la période coloniale espagnole. Mais La Havane s’effondre en partie et certains habitants vivent agglutinés dans des vieilles demeures qui menacent de s’écrouler d’un instant à l’autre. Le taxi m’explique que le gouvernement leur propose de déménager mais qu’ils ne veulent pas. Ils s’accrochent à leurs murs comme ils s’accrochent à leurs traditions, peuple conditionné qui refuse de se plaindre. Le taxi poursuit en m’expliquant qu’il remet 60 dollars chaque jour à l’Etat et ne touche que 10 dollar par mois. S'il ne réussit pas à donner cette somme, on lui reprend sa voiture et on la donne à quelqu’un d’autre plus compétent, moins incapable pour reprendre ses termes. Je lui demande comment il fait pour vivre et nourrir sa famille avec 10 dollars. Il a quatre tickets de rationnement avec du riz, du savon, du poulet et tout ce qu’il faut pour vivre, sauf qu’il tient 15 jours avec ça et que ces 10 dollars ne suffisent pas pour se nourrir l’autre moitié du mois, payer l’électricité et l’eau car le loyer est payé. D’autant que les prix s’emballent quand on a achevé son « ratio », le prix de la livre de riz passe de 10 centimes à 5 dollars. On comprendra qu’il  a bien du mal à terminer le mois et qu’il doit, ajoute-t-il, trouver des petits boulots compensatoires. Ses dires me sont confirmés par tous les taxis que j’ai pris.

 

 

 


Mais revenons à la vieille Havane avec son charme suranné et ses belles voitures américaines qui arpentent les routes. Fidel, on doit bien le lui reconnaître, a été bien inspiré de leur interdire de quitter le pays. Elles vont bien dans le décor. Cette ville figée dans le passé semble ne pas avoir pris une ride depuis 1959. Le décor est intact, tout y est, les voitures, les casinos, les buildings Art Déco, tout y est sauf les Américains et ça c’est très bien. Une partie de La Havane a été rénovée depuis 1990, cela a été fait avec beaucoup de talent par l’historien architecte Eusébio Leald Spengler, certains vieux palais sélectionnés pour leur histoire ont été réhabilités, transformés en hôtel, musée ou encore en Paladares de luxe (restaurant chez l’habitant).

 

 

 

 

C’est également un changement positif, car avant il n’y avait que des restaurants d’Etat, aujourd’hui les particuliers ont le droit (même s’ils doivent reverser 3000 dollars à l’état chaque mois) de se transformer en restaurant. De ce fait on mange bien à la Havane et c’est certainement, si  j’en crois mon expérience le seul endroit dans le pays, car ailleurs c’est un désastre. Ces paladars (palais en référence à la bouche et non au lieu) sont souvent superbes, la cuisine y est excellente et le service impeccable contrairement aux restaurants d’Etat beaucoup plus chers et sans intérêt pour la plupart. On se régale pour pas grand chose depuis notre arrivée et c’est aussi une façon de découvrir ces anciens palais.

 

 

 

D’ailleurs, en ce qui concerne la cuisine, on raconte une anecdote. Quand on demande à un Cubain quelles sont les 3 réussites de la Révolution Cubaine, il répond : "la fierté nationale retrouvée, la santé et l’éducation". Et quels sont les 3 échecs ? "Le petit déjeuner, le déjeuner et le dîner". Et bien ces paladares prouvent le contraire.


 

 


Malgré le faste de la vieille ville et la rénovation de ce « chef d’œuvre en péril » qu’est La Havane, les conditions de vie dans bien des endroits sont déplorables. A quelques pas du luxe, c’est la misère. Des milliers de familles vivent dans des situations sanitaires lamentables, sols défoncés, réseau électrique en lambeaux, problème d’accès à l’eau courante. Sans compter le réel danger lorsque les fortes pluies non drainées (comme c’est d’ailleurs le cas en ce moment), engorgent les murs et que la structure toute entière menace de s’écrouler. Voilà pour un premier aperçu de cette ville que j’adore, sans oublier encore une fois la chaleur des habitants. Quel bonheur que de se promener dans les jolies rues et de s’arrêter boire un mojito sur les traces du grand Ernest… Ca valait le coup de peiner un peu pour arriver jusqu’ici. A coup sûr !

  

 

18 février : en route vers la Havane

 
750 milles parcourus en direction de la Havane depuis que nous sommes à Cuba, c’est la plus grande île des Caraïbes devant la Jamaïque et Haïti. Sa superficie équivaut à trois fois et demie la taille de la Belgique. L’île toute en longueur ressemble à un crocodile. D’ailleurs ce n’est pas juste une île puisqu’elle est entourée de nombreuses îles, dont l’île de la Juventud (où nous relâchions hier) et de nombreux cayos aux eaux turquoises. 
 
 
 
Plongée à Maria La Gorda
 

 
Plongée à Maria La Gorda
 
 
L’Île de la Juventud, Île de la Jeunesse est superbe avec ses immenses plages de sable blanc. Autrefois appelée Île des Pins, Castro fut emprisonné dans son pénitencier en 1953. Il y passa deux ans. Nous n’y passerons qu’une journée avant de poursuivre vers Maria La Gorda, spot de plongée réputé. 

 
 
Plongée à Maria La Gorda
 

 
Plongée à Maria La Gorda
 
 
L’eau est cristalline, la visibilité excellente et les fonds superbes. Nous descendons à 30 mètres sur le tombant. Peu de poissons, ou alors ils m’ont échappé car les autres plongeurs semblent avoir vu un requin et une raie. Je devais rêver… à la Havane sans doute, j’ai hâte d’y arriver. Cela fait bientôt trois mois que nous sommes en mer et le rythme est soutenu. Nous avons eu un gros choc en Haïti qui nous a tous marqué et depuis c’est vrai que nous n’avons pas soufflé, naviguant quasiment chaque nuit, au près la plupart du temps, cela laisse peu de place pour le sommeil. 

 
 
Plongée à Maria La Gorda
 

 
 
Maria la Gorda en dehors de la plongée n’a pas grand intérêt, il y a un hôtel qui ressemble plutôt à un camp soviétique doté d'un infâme restaurant. Nous dînons à bord mais les produits frais commencent à manquer et l’équipage en a marre des pates même si je me donne beaucoup de mal pour les agrémenter de sauces différentes à chaque repas. 

 
 
Plongée à Maria La Gorda
 

 
 
Nous n’arrivons pas à attraper de poissons et les pêcheurs sont inexistants dans le coin. Nous regrettons les petites langoustes toutes fraiches d’Haïti. Demain dans la journée nous serons à la Havane où nous passerons quelques jours et ce sera notre dernière escale pour clore l’expédition Grandes Antilles. 
 

15 février : Les Rosarios

 
Nous quittons la jolie ville de Trinidad en milieu d’après midi. La marina se trouve à 12 km du centre et elle n’a pas beaucoup de charme. C’est surtout un point de départ important pour les plongeurs, essentiellement allemands ou italiens. 

 
 
Les rues de Trinidad, comme il y a deux siècles !
 
 
 
Loup fête ses 15 ans avec un succulent gâteau aux marrons
 
 
 
Sur le Cayo Cantiles, un crocodile
 
 
Une nuit de navigation au près, nous nous sommes faits une raison, ce sera sans doute comme ça jusqu’à la Havane et nous atteignons Cayo Largo au petit matin. Pour une fois ce n’est pas Colomb qui en a fait la découverte mais Fidel Castro « l’explorateur. » Une panne d’hélicoptère l’obligea à s’y poser. Séduit par ce petit îlot de paradis, il décida d’en faire un lieu de vacances pour les cubains. C’est ainsi que l’aéroport et le premier hôtel vit le jour. 
 
 
 
La mer est belle et transparente
 
 
 
Une oeuvre qui représente la pollution de cette plage !!!

 
 
La mer est belle et transparente
 
 
C’est devant une plage de rêve à l’eau cristalline et au sable aussi blanc que fin que nous mouillons en ce 14 Février, fête de la Saint Valentin et surtout anniversaire de mon petit Loup qui fête aujourd’hui ses 15 ans. Cela fait six ans qu’il les passe en mer, le premier c’était au cap Finistère et il était sacrément malade, depuis c’était en Antarctique. Alors aujourd'hui, dans ce mouillage de rêve, celui-ci est particulièrement serein et ça tombe bien ! 
 
 
 
Des bouteilles assemblées. Elles semblent provenir d'Haïti.
Les pêcheurs s'en servent pour les casiers
 
 
 
 
 
Tristesse sur une belle plage au sable blanc, comme une robe de mariée.
 
 
Le cayo est malgré tout très préservé du tourisme avec des kilomètres de plages sauvages difficilement atteignables autrement qu’en bateau, pour notre plus grand bonheur. Nous quittons l’île à l’aube et empruntons le canal du Rosario. Nous relâchons à une vingtaine de milles à l’ouest, à Cayo Cantiles. Nous débarquons et sommes accueillis par les gardiens de l’île, ils sont quatre à veiller sur cette réserve de singes, qui abrite aussi de nombreux iguanes, des Jutias (sorte de ragondins terrestres) et des crocodiles. 
 

 
 
Un groupe de musique dans la ville de Trinidad entonne des chants révolutionnaires
 
 
 
Un des gardiens du Cayo Cantiles
 
 
Il y a 93 singes, le gouvernement les a fait venir sur l’île pour faire des tests en cas d’épidémie. « Ils sont en quarantaine, certains sont également dirigés plus tard vers les zoos du pays » m’explique le gardien. Nous ne verrons pas de singes, juste un crocodile. En fin de journée nous allons mouiller à quelques milles sur l’île du Rosario, la plage de plus de 7 km est sublime, tout à fait sauvage, l’eau est translucide. Un vrai paradis si ce n’était ces déchets plastiques en tout genre, cela va de la Tongue aux bouteilles en plastique. Nous identifions quelques pots de beurre en provenance d’Haïti et des bouteilles assemblées les unes aux autres qui servent de flotteurs aux pêcheurs pour leurs casiers. Un désastre que cette pollution en provenance des côtes Haïtiennes. Nous appareillons la nuit tombée pour l’île de la Juventud.
 

Vendredi 13 février : Trinidad

 
Trinidad enfin !!!, après 2 jours de traversée à tirer des bords contre le vent. L’équipage est heureux de souffler un peu et de partir à la conquête de cette jolie ville cubaine avec ses rues pavées et ses maisons aux couleurs pastel, qui contribuent à donner l'impression que le temps s'est arrêté depuis l'époque coloniale. 

 
 
Notre taxi, une belle américaine des années 50 avec un moteur fiat
 
 
Les vieilles voitures américaines roulent à côté des calèches tirées par un cheval ou par des pouss-pouss-vélos appelés « cocos taxis ». On se sent d’emblée bien dans cette très jolie ville aux teintes dorées. Du XVIIe au XIXe siècle, Trinidad fut au centre du commerce du sucre et des esclaves. Les bâtiments de la Plaza Mayor témoignent de la richesse des propriétaires de l'époque et lorsqu’on glisse un œil à travers les barreaux qui protègent les maisons, on aperçoit encore de la belle vaisselle en porcelaine et des bibelots délicats datant des années glorieuses. 

 
 
Trinidad, ville aux couleurs éclatantes
 
 
Une grande période d'isolement, de 1850 à 1950 permit de préserver l'architecture de la ville, de sorte qu'elle a conservé son aspect d'autrefois. Le centre historique a récemment fait l'objet d'une restauration soigneuse dans les moindres détails, ce qui en fait la ville coloniale la mieux conservée de l'île.

 
 
On décharge un camion de tabac à la fabrication des cigares
 
 
Aujourd'hui, elle vit surtout grâce à l'essor du tourisme sur l'île et en est devenue un des lieux les plus réputés. Nous faisons le tour de la ville, le temps de nous perdre dans les jolies ruelles pavées. L’atmosphère est détendue, les gens sourient, prennent facilement la pose pour mon objectif, parfois même ils demandent que je les photographie. Des accords de musique parviennent des maisons, j’aperçois de belles cours intérieures. 

 
 
Atelier de poterie dans les ruelles de Trinidad
 
 
En fin de journée nous allons danser la salsa à la « Casa de la musica », l’ambiance est festive et toujours cette même joie de vivre et cette chaleur dans le sourire. Je suis particulièrement touchée par ce peuple si accueillant, il faut dire que je me sens un peu chez moi ici. Mon père y a passé une grande partie de sa jeunesse et ma grand mère, Inès, est enterrée au cimetière Christophe Colomb de la Havane. 

 
 
Les moyens de transport sont nombreux et diversifiés.
Les enfants dans un vélo taxi.
 
 
Sur le chemin du retour j’interroge notre taxi sur une éventuelle levée de l’embargo promise par Obama. Il semble sceptique : «  ils promettent mais rien ne se passe » me dit-il, caressant le volant de sa belle voiture. C'est une Pontiac qui a passé les années sans prendre une ride, seul le moteur a été remplacé par un moteur de Lada qui marche... au diesel.
 
 
Petit point sur l’histoire de Cuba
 
Comme les autres îles des caraïbes, Cuba était habitée par les indiens, les Tainos que l'on trouvait aussi en Haïti, proche de seulement quelques milles. Christophe Colomb débarque en 1492. Les espagnols s'implantent dans l'île et après avoir exterminé les indiens ils importent des esclaves d'Afrique.
 
En 1519 est fondée la ville de la Havane, San Cristobal de la Habana, elle devient la clé du Nouveau Monde, escale indispensable entre l'Espagne et ses colonies.
 
En 1898 les Américains prennent possession de Cuba après 400 ans de présence espagnole. Cuba devient une annexe des Etats Unis. A partir de l'époque de la prohibition et plus encore après la seconde guerre mondiale, l'île va se convertir en lieu de tout les plaisirs. La Havane est le rendez vous de toute la jet set et de toutes les stars hollywoodiennes. Soleil, alcool, casinos à gogo, mulâtres exotiques, palaces clinquants, jazz et rythmes tropicaux. Capitale mondiale du sexe et du jeu, autrement dit de la prostitution, de la mafia et de la corruption, Cuba, « bordel de l’Amérique ».

 
 
La cathédrale de Trinidad
 
 
Les présidents corrompus se succèdent. En 1953 le jeune avocat Fidel Castro décide de déclencher une révolte. Il essuie un échec, est emprisonné, puis libéré après 2 ans. Il s'en va au Mexique organiser son retour. En 1956 Fidel Castro débarque à nouveau sur l'île et organise une armée rebelle. A ses côté son frère Raul et Che Guevara, un jeune médecin argentin. 
 
Le 1er janvier 1959 Fidel rentre en héros à la Havane. Lorsque triomphe la révolution cubaine, elle n'est ni socialiste ni communiste, il s'agit simplement d'en finir avec la dictature de Batista, l'oppression policière, les inégalités sociales, la pauvreté dans les campagnes. 
 
En 1959 la mainmise économique américaine sur Cuba n'avait jamais été aussi forte. Les hommes de Wall Street contrôlaient 90 % de l'économie. Mais 1/4 de la population était analphabète et 30 % d'hommes n’avaient pas de travail.  En 1961, les Etats Unis déclarent l'embargo, toujours en place aujourd'hui.
 
La baie des cochons : En avril 1961 les américains effectuent un raid pour envahir cuba et renverser Fidel. C'est un échec. Les troupes américaines sont faites prisonnières. 

 
 
Années 50, on s'y croirait !
 
 
En 1962 c'est la crise des fusées. Américains et russes déploient des fusées à tête nucléaire, les USA en Turquie, les russes ripostent en déployant des missiles à Cuba. Castro aurait échappé à 638 attentats de la part de CIA. 
 
Les années 60 sont celles de la radicalisation de la révolution et du rapprochement avec  les russes. Un exode massif de cubains a lieu vers la Floride. En 1967, le Che est exécuté par la CIA.
 
En 1990, c'est la chute du mur de Berlin et Cuba perd ses alliés russes tout comme ses aides. Cuba est au bord de la faillite, tout manque, nourriture, médicaments, électricité. Début 1999 le régime se durcit encore.

 
 
Les lumières du soir sur la ville fondée par des pirates,Trinidad
 
  
En 2006  Fidel laisse la place à son frère de 77 ans, Raul, qui est élu chef de l’État en février 2008. Le pouvoir est de plus en plus aux mains de l'armée.
 
Aujourd’hui tout le monde espère et attend une levée de l’embargo des Etats Unis. Ici on n'a pas encore un accès facile ni au téléphone ni à internet. En 2013, seul 1,7 % des cubains eurent un véritable accès à internet.
 
Les cubains manquent de tout et même de l'essentiel. Le gouvernement refuse toute forme d’opposition ou de liberté. Même si depuis 2013 les cubains ont le droit d’avoir un passeport et de sortir du territoire. Ce qui paraît une aberration lorsqu’on sait que le salaire moyen d’un coupeur de canne à sucre est de 12 euros par mois et celui d’un policier de 30 euros.
 
Les belles américaines : Cuba est le pays qui possède le plus de vieilles voitures américaines. Elles sont arrivées dans les années 50, à cette époque l'argent coulait à flot. Dans ces années faciles on en débarquait des dizaines de milliers. Elles ont survécu et on en trouve à Cuba plus qu'en Amérique. Certains y ont changé le moteur contre celui d'une Lada ou d’une Fiat, moins gourmand en essence. Elles sont choyées, les chromes  et les cuirs entretenus, on les croise toujours dans les grandes villes de Santiago, Trinidad ou la Havane.
 

Santiago / Trinidad, Chemin de croix pour Trinidad

 
Santiago, enfermée dans sa baie, nous semble bien polluée. Des usines crachent une belle fumée et l'eau du port ne donne pas envie de s'y baigner. Le médecin qui nous a mis en quarantaine nous informe qu'il y a la marée rouge et interdiction de s'y baigner. Nous laissons cette grande ville pour regagner la mer et mettre le cap sur Trinidad. 

 
 
Le ciel est menacant et nous allons rencontrer des vents contraires
 
 
A la sortie du port le temps est calme avec une petite brise d'ouest. La côte est longue, plus de 110 milles avant de rejoindre le Cabo Cruz. Très peu d'abri au pied de ces montagnes qui culminent à 2000 mètres, les plus hautes de Cuba et à quelques milles de la côte se trouve une fosse de 7000 mètres. Cet endroit a le plus fort dénivelé au monde, entre le sommet des montagnes et le fond de l'océan. En milieu de nuit le vent se renforce et de gros grains avec éclairs s’abattent sur le bateau. Les éclairs passent à coté mais la pluie tombe en trombe. 
 
La mer se creuse et la Fleur plonge son étrave dans les vagues. L'alizé n'est pas au rendez vous, mais c'est un fort vent d'ouest. L'équipage fatigué par ses traversées contre le vent et ses escales d'à peine une journée, grogne contre le capitaine qui avait promis du portant. « Ces conditions bien désagréables n'arrivent que deux fois par an, nous n'avons vraiment pas de chance » nous explique Philou. Le trajet prévu au portant se transforme en galère au près, c'est à dire en tirant bords sur bords pour essayer d'avancer contre le vent, grosse houle dans le nez, à la gite ce qui rend tout déplacement impossible, pas d'école possible tellement ça bouge et tellement c'est penché. Déjeuner de pâtes par terre dans la timonerie, Marie et Loup, bassine à la main dans la timonerie, rendent à la mer les malheureuses pâtes. 

 
 
Le phare de Cabo Cruz, quelques heures à l'abri du récif
 
 
Au lever du jour nous décidons de nous abriter vers la pointe du Cabo Cruz. Pas de crique pour se réfugier et c'est à quelques mètres d'une barrière de corail mais avec une houle très formée que nous posons l'ancre sur le sable entre les patates de corail par 15 mètres d'eau. Le petit village est là avec son petit port de pêche, mais il ne nous est pas possible d'y rentrer, trop peu de fond et le vent vient de la mauvaise direction. Nous restons ainsi là toute la journée, un peu au large, devant le beau phare et sous l'œil de la Guarda à qui nous indiquons que nous lèverons l'ancre vers 17h00 espérant que le vent et la mer se calme avec la venue de la nuit. L'eau est cristalline et nous vérifions d'un bain de mer salutaire, que l'ancre est bien posée sur le sable et que la chaîne n'est pas enroulée autour d'une tête de corail. Le bateau roule bord sur bord dans la houle, mais nous prenons notre mal en patience et jouons au Monopoli Polynésien. Les pions valdinguent dans tous les sens tant la houle est forte mais les enfants s'échangent un atoll contre une ferme perlière et nous gardons le sourire.

 
 
La Fleur plonge son étrave dans la houle ...
 
 
17 heures. Nous levons l'ancre, mais le vent est encore là et toujours dans la mauvaise direction. Les éléments sont contre nous. Le vent d'est, l'alizé, a été kidnappé par un front polaire qui a changé les cartes du vent normalement bien établies entre le NE et le SE. Nous luttons sous grand voile un ris et la trinquette. Le soleil se couche dans l'axe de l'étrave qui plonge dans les vagues. A bord l'estomac de Marie rejette le peu qui lui reste. Nos deux moussaillons Laura et Marion se jettent sur un plat de riz et en redemandent. Elles ont le pied marin !

 
 
... et les vagues submergent le pont
 
 
La nuit est noire, les étoiles sont là. Pas de gros nuage ce soir. Jupiter sort de l'eau majestueuse et brillante. Orion nous domine. Derrière, le phare du Cabo Cruz nous envoie son éclat. 
 
Les voiles sont bordées. Nous tirons des bords et attendons que le vent veuille bien retrouver sa direction d'alizé mais il ne semble pas décidé. 
 
Devant des récifs, les Jardins de la Reine. Un labyrinthe dans lequel nous allons devoir slalomer avant d'atteindre Trinidad.
 
 
 

 

9 fevrier : Santiago de Cuba

  
Dernière journée en Jamaïque. Nous sommes de retour à la marina de Port Antonio et retrouvons Fleur Australe. Dans l’après midi nous descendons le Rio Grande en radeau de bambou. Le Rio Grande s’étend sur 60 km. Il prend sa source dans les Blue Mountains pour mourir en mer à quelques kilomètres de Port Antonio. Le pêcheur me raconte qu’Errol Flynn fut le premier à faire du rafting sur le Rio Grande, «  il y est resté une semaine, il  "consommait" une femme par jour et quatre le dimanche » ajoute-t-il. 

 
 
Rafting sur des embarcations de bambou
 
 
Nous levons l’ancre en fin de journée. 24 heures de navigation, au près. Nous tirons des  bords pour rejoindre Santiago de Cuba. Marchons à 7 nœuds de moyenne, trinquette, grand voile un ris.
 
En fin de journée nous longeons la côte montagneuse, avec des sommets à 2000 mètres puis relâchons dans la baie de Santagio de Cuba. Santiago, qui est un important port de pêche, est également un centre d'exportation du cuivre, du fer et des produits agricoles de la région environnante. Les établissements industriels de la ville sont diversifiés : fonderies, distilleries, fabriques de cigares, de savons et de matériaux de construction. La ville abrite une université.

 
 
Le calme du Rio Grande
 
 
Santiago de Cuba, c’est là que tout a commencé sur l’île. Même si Baracoa fut la toute première ville construite par les Conquistadores, Santiago eut toujours la primauté depuis le peuplement européen de l’île. Elle se situa très vite au premier rang des villes de la Caraïbe, surtout grâce à sa situation géographique et à son port abrité. A 900 km de la Havane, Santiago est insérée dans un cadre unique. 

 
 
Les pêcheurs posent une senne sur le bord du rio
 
 
Oubliée par la couronne espagnole pendant le XVIIe siècle, elle survécut grâce au commerce de contrebande entretenu avec d’autres îles voisines telles la Jamaïque et Saint-Domingue. Ses habitants eurent beau s’enrichir par le biais de l’échange d’or, d’argent, de rhum et de viande boucanée, ils se sentirent toujours menacés par la présence des pirates et corsaires qui maraudaient les enclaves espagnoles dans le bassin caribéen. Ayant enfin réalisé l’importance géographique et économique de la ville, le gouvernement espagnol y fit dresser une première forteresse entre 1637 et 1638. Nous la doublons en pénétrant dans la baie. Des accords de salsa, résonnent depuis le quai. 

 
 
Une belle américaine devant la cathédrale de Santiago de Cuba
 
 
Le Château de San Pedro de la Roca faisait partie du système défensif de la côte sud de Cuba. Il est plus connu sous le nom de Castillo del Morro. Cet imposant fort qui surveille le chenal d’entrée de la baie de Santiago servit de prison lors de la dernière guerre d’indépendance contre l’Espagne. Abandonné pendant un demi-siècle, il fut presque complètement restauré dans les années 80 et 90 pour être finalement inscrit au Patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1997. Santiago de Cuba est connue par les Cubains comme « la Tierra Caliente » (la Terre chaude), non seulement à cause des températures élevées qui ont court tout le long de l’année mais aussi par le tempérament accueillant et chaleureux des Santiagueros. 

 
 
Le palais du gouverneur à Santiago
 
 
C’est pourtant sous des trombes de pluie que nous arrivons ce soir. On nous met d’abord en quarantaine au mouillage, car nous arrivons d’Haïti où sévit le choléra.  Le médecin tout à fait sympathique qui vient prendre notre température et inspecter les lieux, m’explique qu’ici aussi il y’a de nombreux cas de choléra et de dengues c’est pourquoi ils sont très vigilants afin d’identifier si cela vient du pays ou de l’extérieur. «  Il ne faut surtout pas boire de l’eau, même celle de la marina, et ne rien acheter aux marchands ambulants, fruits, légumes etc. » m’explique-t-il gentiment.

 
 
Les voitures, belles et bien entretenues
 
 
Une fois la visite médicale passée avec succès, c’est au tour des autorités de monter à bord, la douane, l’immigration. Nous sommes finalement autorisés à nous amarrer à quai. C’est la tempête, nous débarquons, cirés et pantalons de marins. 

 
 
Transport collectif façon cubaine
 
 
L’ambiance bat son plein dans la cafétéria de la marina, on chante, on danse. Le centre de Santiago se trouve à 12 km. Santiago fête ses 500 ans. La ville se remet difficilement des sérieux dégâts causés par le cyclone Sandy en octobre 2012. Le lendemain matin nous partons à l’assaut de la ville, visitons la cathédrale qui est encore en travaux et faisons quelques courses dans le supermarché bien pauvres en vivres. Nous réussissons à nous procurer du riz et des œufs. La ville a beaucoup de charme. La chaleur de ce peuple et la gentillesse qu’ils dégagent est immédiate. Nous sommes heureux d’être là.