2H30 : Je suis réveillée pour mon rendez-vous hebdomadaire avec Europe 1. Toute l’ile est recouverte de neige comme Fleur Australe, c’est une toute autre ambiance, hivernale, ouatée. On se sent dans un petit cocon protégé du monde extérieur, seul au monde, à l’abri de tout. Les éléphants de mer barrissent. C’est notre première vraie nuit au calme depuis un mois. Silence à peine troublé par l’ardeur de nos compagnons les éléphants. Il fait froid à bord. Le chauffage ne marche toujours pas, même au mouillage et le poêle qui est supposé être notre solution de repli ne veut pas démarrer. Quant à l’eau, cela ne fonctionne toujours pas. Les réservoirs se vident tout seuls. Il n’y a pourtant pas de fuite d’eau à bord, nous avons fait l’inspection des fonds plusieurs fois, elle doit donc partir dans la mer. A bord tout le monde dort. Le téléphone sonne, c’est Europe 1. J’entends un présentateur qui parle à Michel Galabru, ça rigole, parle fort, et applaudit. Le contraste est particulièrement saisissant avec la solitude habitée qui règne ici. J’ai l’impression d’avoir oublié ce monde-là, celui où l’on parle, où l’on explique, un monde bruyant, joyeux aussi semble-t-il, mais le vrai bonheur n’est-il pas ici, au cœur de cette nature austère et radicale qui ne nous pardonne rien et nous offre tout. Elle est évidente, et notre place en son sein aussi. Plus de questions, juste des réponses, simples et limpides.

Notre mouillage. Tranquille. Au bout du monde.
10h30 : Philou a réparé le poêle, la pompe électrique était bloquée. Maintenant il devrait faire chaud. Nous prenons l’annexe, récupérons un gros glaçon que nous déposons sur le poêle à fondre, au moins nous aurons de l’eau.

Nos voisins sont assez bruyant.

Le refuge de la base de Rothera, la base anglaise à quelques milles d'ici.

Après un mois de mer, il est bon de se défouler.
11h00 : Petit tour à terre, visite aux éléphants de mer, ils muent. Nous trouvons des lambeaux de peau sur la plage. Les enfants font de la luge. Nous ramassons une bouteille en plastique sur le bord du rivage. Repérons une colonie de cormorans au loin. Les skuas sont particulièrement agressifs, on se protège avec un bâton que l’on tient au-dessus de nous pour éviter qu’ils nous touchent la tête. Un peu plus loin sur la plage un ravissant phoque de Weddell se prélasse, solitaire.

Un mouillage accessible aux bateaux de faible tiran d'eau. Fleur Australe a relevé sa quille.

Pas trop près. L'éléphant de mer peut être agressif.

La neige est venue nous saluer au petit matin.
16h00: Il neige. Un éléphant de mer vient nous rendre visite, il semble intéressé par l'annexe que Philou remonte aussitôt. Nous débarquons sur l'îlot opposé, il y a un petit refuge annexe de la station Rothera. Le cabanon est parfaitement douillet, tout y est, du poêle à la couverture en mouton en passant par le lait en poudre. Il est parfaitement isolé et possède quatre lits. Déformation professionnel, Philou repère une fuite de fuel au poêle. Nous signons le livre de bord attestant de notre passage. Rothera se trouve à 5 km. C’est une grosse base scientifique anglaise.

Un phoque de Weddell. Plus sympathique que son voisin.
19h30 : Nous reprenons la mer en direction du Sud de la baie Marguerite. Cette baie Marguerite fut baptisée ainsi par Charcot, du nom de son épouse. Elle fait plus de 150 milles, du Nord au Sud et débouche dans un fjord sur un Ice shelf. C’est une mer plus qu’une baie, la houle peut y être forte.